Publié par : avenuecolombie | 12 avril 2010

Poterie de la Chamba : pourquoi nous n’importons pas tout et n’importe quoi ?

Nous allons encore décevoir les tenants de “l’aide aux plus démunis”, c’est évident. Chaque fois que l’on veut dénoncer des abus ou plus simplement des idées fausses et bien ancrées, quel que soit le domaine, il est clair qu’on ne se fait pas que des amis. Comme tous ceux qui font ce choix, nous assumons.

Notre but n’est pas de vendre le plus possible de poteries pour venir en aide aux plus démunis, pour reprendre une expression consacrée. Certes la plupart des potiers de la Chamba n’ont pas les moyens de s’acheter le dernier 4×4 à la mode ou de se payer un WE aux Seychelles ; nous non plus et ça ne nous manque pas. Mais dans l’ensemble les conditions de vie sont acceptables, bien au-dessus du niveau moyen en milieu rural en Colombie. Tout n’irait pas si mal s’il n’y avait pas justement cette frénésie de la production à outrance pour alimenter le marché international, une source de revenus bien mal partagée et qui profite surtout à une bande de vautours, ici et là-bas. Notre “contrat” avec un petit noyau d’artisans sous la houlette d’un potier-exportateur est basé sur la qualité de la production de poteries culinaires dont lui seul est garant. Convaincus que seule la qualité et non pas la quantité peut les sauver d’une disparition sinon imminente nous faisons de notre mieux pour les en convaincre. Réussirons-nous ? Rien n’est moins sûr, il est probablement déjà trop tard, le virus du “développement” a fait ses habituels ravages dans les esprits des uns et des autres. Mais comme dirait le colibri cher à Pierre Rabhi, nous aurons au moins eu le mérite d’essayer. Pendant ce temps là d’autres mettent de l’huile sur le feu, en criant bien fort “au feu”, comme tout bon pompier-pyromane.

Or donc, entre autres particularités, nous n’importons pas tout et n’importe quoi, pourquoi ? Par cohérence avec nos engagements vis à vis de cet artisanat et plus généralement vis à vis du cahier des charges de Minga.

Si l’on veut défendre cette poterie pour ses qualités culinaires, alors il faut faire l’effort de comprendre ses qualités et ses inconvénients et ne pas la vendre pour ce qu’elle n’est pas. En fait il suffit de se poser quelques questions simples :

– d’abord, comprendre que la poterie est un matériau isolant, de grande inertie thermique, d’excellent pouvoir rayonnant (a fortiori cette poterie noire), qui en fait le compagnon idéal de la bonne cuisine, traditionnelle ou non, mais mijotée avec un minimum de temps. Par contre, concernant la cuisine TGV, à savoir des cuissons courtes et à température élevée (grillades, fritures, steacks, oeufs sur le plat, etc.) il faut oublier la poterie et utiliser des ustensiles métalliques (excellent conducteur, inertie minimale, soit tout l’opposé de la poterie). Vous trouverez d’excellentes poêles de toutes les formes (classique, paëla, wok) fabriquées en France, dans toutes les bonnes quincailleries et ce pour un prix très abordable. Inutile de mettre une fortune dans un fond de 10 cm d’épaisseur qui ne fera que vous retarder et vous faire dépenser d’avantage d’énergie, pas d’avantage non plus dans des matériaux exotiques sous couvert d’innovation spatio-écologique. Quitte à pratiquer ce genre de cuisine, faites le de manière rationnelle. A partir de là vous pouvez déduire par vous-même si tel ou tel article présente le moindre intérêt ou est parfaitement inutile. Il faut aussi bien comprendre que la poterie a horreur des “changements de climat” intempestifs, c’est à dire d’être chauffée ou refroidie trop vite.

– ensuite se demander si cette poterie présente un intérêt indéniable pour l’objet de vos désirs, mis à part sa couleur noire, qui justifie sa fabrication et son importation. Sinon, prenons l’exemple d’un saladier pour ne pas citer des objets encore plus incongrus ; en achetant de tels objets, sans le savoir vous encouragez une dérive vers la poterie décorative qui inéluctablement se traduit par une baisse du savoir-faire à usage culinaire et nous savons hélas comment se termine l’histoire des poteries noires engagées dans cette voie, où que ce soit dans le monde : elles disparaissent, inéluctablement. Et ça, c’est l’histoire, pas une prophétie.

– enfin se demander si vous n’êtes pas en train de déshabiller Paul pour habiller Pierre. A quoi rime un tajine de la Chamba ? D’une part, si vous avez un tant soit peu compris le principe de cuisson avec cette poterie, vous devez comprendre que la géométrie d’un tajine n’est en rien adaptée à ce mode de cuisson ; les sauteuses que nous proposons, de formes proches, sont par contre parfaitement adaptées. Maintenant que l’on soit charmé par la forme d’un tajine traditionnel est tout à fait légitime, mais dans ce cas privilégiez l’authenticité. Que diriez-vous d’un camenbert pyramidal ? Pour mémoire, le tajine appartient à la tradition d’Afrique du Nord et non pas à celle d’Amérique du Sud ! Et là-bas aussi il y a d’excellents potiers qui, soit dit en passant, ont certainement bien plus besoin d’un coup de main que ceux que nous soutenons à la Chamba. Donc, respectons le travail de chacun. Et cela s’étend bien sûr aux potiers français. Où que vous soyez en France vous avez forcément, tout au plus à quelques dizaines de kilomètres de chez vous, d’excellents potiers à même de vous proposer de très beaux saladiers, par exemple. Ou encore des tasses, des pichets, des théières, etc. tout article pour lesquels la poterie de la Chamba ne vous apportera rien de transcendant. Or eux non plus n’ont pas les moyens de passer leurs WE aux Seychelles ; passionnés de leur art, ils n’en demandent d’ailleurs pas tant. Mais une petite visite de votre part ne serait pas superflue pour leur permettre de vivre correctement de leur travail.

Enfin, dernier conseil afin de ne pas succomber au charme des sirènes, prenez donc le temps nécessaire de la réflexion avant d’acheter.

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Responses

  1. je suis complètement amoureuse de cette magnifique poterie dans laquelle mes petits plats peuvent mijoter des heures tout doucement .c’est un véritable retour aux sources ,la cuisine qui prends du temps dans une matière noble ,la terre. en plus elle est absolument magnifique.je plaint les « cuisiniers et cuisinières » qui ne jurent que par le micro-ondes , les conserves et les surgelés.j’espère réellement que ces potiers et leur art perdurerons encore longtemps, cela serait encourageant sur la nature humaine….

    • Bravo pour votre façon d’aborder la chose.Sur ce coup-là,vous avez un allier.(sur d’autres aussi je pense)
      Ma grosse poële en tôle est bien française;mais quel chouette moment lorsqu’on pose une marmite de la chamba sur la table pour ses copains faucheurs…


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