Publié par : avenuecolombie | 28 avril 2010

L’huile de palme bio ou le massacre à l’éthiquette

Aujourd’hui lorsque l’on évoque l’Indonésie on pense immédiatement à ces images d’orangs-outangs fuyant désespérément la destruction de leur milieu naturel pour faire place à d’immenses étendues de palmier à huile, de véritables déserts biologiques par opposition à la richesse irremplaçable des forêts primaires ainsi détruites. L’étendue du désastre est telle que les superlatifs viennent vite à manquer. Le moteur de cette frénésie destructrice ? Le profit bien sûr, au mépris de la nature et de tous ses habitants, y inclus les peuples autochtones et les communautés paysannes dont on parle moins. Et tout cela pour satisfaire la demande internationale en agro-carburants et en matière grasse bon marché pour l’industrie agro-alimentaire. Ce jeu de massacre, dénoncé maintenant depuis des années par divers acteurs, ne donne aucun signe de ralentissement, bien au contraire. Néanmoins, une récente campagne de Greenpeace commence à porter ses fruits auprès des grands distributeurs un peu partout dans le monde.

Ce que l’on sait moins c’est que la Colombie marche vaillamment sur les traces de l’Indonésie et est maintenant le premier producteur d’huile de palme d’Amérique du Sud. Certes, comparé à l’Indonésie la production peut sembler bien modeste, mais petite particularité, l’Europe est largement compromise dans ce massacre là. Les conséquences environnementales et sociales sont exactement les mêmes que partout ailleurs dans le monde : expulsion des communautés paysannes par un régime de terreur, enrôlement quasi-forcé des survivants dans de pseudo-coopératives, destruction de forêts primaires, etc. Et ce que l’on sait moins encore c’est que l’huile de palme colombienne a colonisé la plupart des rayons de nos supérettes bio : plats cuisinés, céréales grillées, huiles et margarines de cuisson, pâtisseries, cosmétique, entretien, etc. l’huile de palme dont le nom se résume le plus souvent à “huile ou graisse végétale” (à croire que les fabricants en sont peu fiers) est partout. L’excuse ? Cette huile de palme est produite par le groupe Daabon, dont les produit sont certifiés bio voire équitable par toute une ribambellle de professionnels de la certification : Rainforest (une ONG américaine versée dans le greenwashing), FLO (dont le représentant français est Max Havelaar), etc. sans oublier Ecocert, notre champion national de la certification, à la tête d’un petit empire international. En effet, en France, tous, du transformateur au distributeur s’abritent derrière les sacro-saintes certifications d’Ecocert. Que cette certification soit remise en cause et c’est tout l’édifice qui s’écroule, de l’importateur aux distributeurs en passant par les transformateurs. Alors aussi longtemps que possible il faut continuer de nier les expulsions de paysans, écarter tout lien possible avec la mafia narco-paramilitaire responsable de massacres indescriptibles, sans oublier les destructions environnementales qu’il faudrait accepter comme des dommages collatéraux d’un développement salvateur.

marée rouge (huile de palme)

Daabon et l’environnement : la “marée rouge” due à un réservoir d’huile de palme (de Terlica SA, filiale de Daabon) qui s’est déversé en baie de Taganga ; un exemple parmi d’autres (déforestation, détournement de rivières, etc.).

L’huile de palme bio consommée en France nous vient donc d’une célèbre compagnie colombienne, Daabon, via son importateur français, Brochenin, bien connu du petit monde bio. Cette huile, la moins chère du monde et aux qualités discutables, est produite dans la région de Santa Marta, sur la côte Caraïbes, la région traditionnellement la plus corrompue de Colombie en raison de l’ancienneté de son occupation et de sa position stratégique qui se prête depuis toujours à tous les trafics. La chape de plomb imposée par les grandes familles qui y sont établies depuis des siècles fait que l’espérance de vie de tout contestataire de l’autorité des barons locaux y est sensiblement plus courte que n’importe où ailleurs dans le pays, où elle n’est déjà pas très élevée. Malgré ce climat moyen-âgeux, la compagnie Daabon n’a pas réussi à étouffer l’expulsion de 123 familles de paysans des terres de “Las Pavas”  acquises le plus légalement du monde pour étendre ses plantations d’huile de palme après quelques modifications du paysage, le tout avec l’aval de l’INCODER, organisme chargé de valider les transaction de ce type ; petit détail pas moins de 154 fonctionnaires de l’INCODER sont inculpés de corruption ! Pour la petite histoire, les terres de Las Pavas ont été successivement occupées par le cartel de Medellin puis par les paramilitaires.

A noter qu’à travers Fedepalma, la fédération des planteurs de palme de Colombie, Daabon a été l’un des grands promoteurs de la RSPO (table-ronde de l’huile de palme “durable” !), une arnaque de haut vol, qui, avec la complicité du WWF, a été transposée au soja dont l’importation massive conditionne notre industrie de la viande. Pour ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, Daabon a aussi développé sa production d’agro-carburants (toujours à base d’huile de palme) avec une usine considérée comme la plus grosse unité de production d’Amérique Latine (100000 tonneaux). Par faveur présidentielle, son propre terminal portuaire a le statut de zone franche pour faciliter ses exportations.

L’affaire de “Las Pavas” a été relayée en Grande-Bretagne par le journal The Guardian à propos des savons de la société Body Shop, filiale du groupe français l’Oréal (oh quelle surprise !). En Allemagne, le sujet est passé sur la chaîne SWR à une heure de grande écoute. Et en France ? Rien. Rien, puisqu’on nous assure que tous ces gens de Daabon sont des types formidables. Un de ces stupides malentendus tropicaux, tout au plus, et puis on ne fait pas d’omelette sans casser les oeufs, n’est-ce pas ?

Ainsi va le joyeux monde de la certification par des sociétés privées dont le chiffre d’affaire dépend directement du volume de certification. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Qu’il s’agisse de certifications bio, équitable ou autre, a fortiori quand elles concernent des pays lointains, quand toutes les informations sont confidentielles, toute possibilité de débat contradictoire est ainsi confisquée : on en comprend maintenant les raisons ! Alors tout est pourri et le monde est foutu ? Que nenni ! Des alternatives existent : les Systèmes de Garantie Participatifs dont Nature et Progrès a été le pionnier en France et repris par exemple par Minga. Des démarches qui ne prennent pas les citoyens que nous sommes pour des con-s-ommateurs dont le seul droit est d’acheter sans poser de questions, des démarches qui nous aident à comprendre et à nous ré-approprier l’économie. Mais ceci est une autre histoire, un autre jour.

La suite logique de cet article est actuellement ICI.

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Responses

  1. Bonjour,
    j’ai posé la question sur l’utilité de l’huile de palme
    dans les biscuits et voilà la réponse :

    Monsieur,
    Je vous remercie pour avoir pris le temps de nous expliquer votre point de vue.

    Nous comprenons votre regret quant à l’utilisation de l’huile de palme avec ses conséquences écologiques et sanitaires.

    Voici quelques éléments de réponse :

    La surconsommation d’huile de palme non bio très bon marchée, largement utilisée par les industries agro-alimentaires et se retrouvant dans la plupart des produits entraîne une déforestation massive avec toutes les conséquences qui en découlent. L’huile de palme du circuit conventionnel vient principalement de l’Asie du Sud-Est.

    On peut légitimement se poser la question de l’huile de palme dans les produits bio.

    Pour ce qui concerne les aspects de déforestation, c’est de 43 millions de tonnes d’huile de palme conventionnelle contre 12 000 tonnes d’huile de palme bio au niveau mondial dont on parle. Nous ne connaissons à ce jour aucun projet de palme bio en Indonésie probablement car les rendements des palmiers à huile bio, sans fertilisation artificielle ni traitement chimique de synthèse sont inférieurs de 30% par rapport aux plantations conventionnelles.

    L’huile de palme que nous utilisons est issue d’une filière bio durable en Colombie.

    Le projet développé en Colombie est exemplaire ; il prend en compte les enjeux socio-économiques de cette région. Les programmes d’économie d’eau, de soutien à la biodiversité locale ou production de compost sont des références en matière de gestion durable des ressources.

    Nous pouvons apporter les garanties suivantes sur cette filière d’huile de palme bio :

    – Rejet de toute déforestation : au lieu de raser les forêts primaires, les palmiers sont cultivés sur des terres dégradées

    – Création de pépinières bio et d’un insectorium (pour contrôler naturellement les insectes nocifs)

    – Inventaire des espèces présentes (maintien de la biodiversité)

    – Plantation de légumineuses pour enrichir le sol

    – Respect des conditions de vie des travailleurs agricoles

    La transformation de l’huile de palme bio a lieu en Europe, il n’y a pas d’hydrogénation (ce qui est essentiel du point de vue santé). La certification selon le mode de production « Agriculture Biologique » (règlement CE 834/2007 et suivant), interdit, l’extraction des huiles à l’hexane, l’estérification et l’hydrogénation des lipides. Il n’y a donc pas d’huiles « partiellement hydrogénées » en bio alors que l’huile de palme conventionnelle peut l’être.

    L’hydrogénation entraine la production d’acides gras « Trans » qui sont néfastes pour le système cardiovasculaire. L’huile de palme bio n’étant pas hydrogénée, elle n’a pas cet inconvénient. Par ailleurs, l’huile de palme ne contient pas de cholestérol.

    L’huile de palme est très stable dans le temps, elle ne s’oxyde pas, contrairement à d’autres matières grasses.

    La substitution de l’huile de palme par d’autres matières grasses est difficile ; les essais que nous avons réalisés sont pour le moment infructueux, les biscuits rancissent très rapidement. Les autres matières grasses végétales sont instables et provoquent le rancissement prématuré des biscuits. Pour substituer cette matière première dans les produits biologiques, l’alternative serait d’ajouter de la vitamine E (antioxydante) mais cela ne permettrait pas de maîtriser aussi bien les phénomènes d’oxydation qui diminuent la durée de vie des produits ; nous ne pouvons pas proposer à la vente des biscits avec 2 mois de DLUO. Les autres alternatives (butylated hydroxyanisole -BHA-, butylated hydroxytoluene -BHT-) sont strictement interdites en Bio.

    Par ailleurs, les surfaces agricoles françaises en tournesol bio et en colza bio sont très faibles, il serait pour le moment difficile de s’approvisionner en France. Le colza est une culture qui consomme beaucoup d’eau, la généralisation de cette culture en France exigerait une irrigation totalement en inadéquation avec la protection de l’environnement. De plus, les rendements du colza ou du tournesol sont nettement inférieurs à ceux de l’huile de palme. Pour fournir les quantités de matières grasses utilisées actuellement, les surfaces nécessaires de colza ou de tournesol seraient énormes et entraineraient d’autres problèmes écologiques.

    La substitution par le beurre implique d’introduire un ingrédient d’origine animale dans nos biscuits, ce que nous ne souhaitons pas dans la biscuiterie de Peaugres (07) qui est sans trace de lait et d’œuf (pour répondre également aux attentes des consommateurs allergiques à ces deux ingrédients). De plus, nous connaissons tous les problèmes écologiques liés à l’élevage bovin en terme de pollution.

    On ne parle bizarrement pas dans les médias du beurre et de ces conséquences néfastes pour la santé. Le beurre contient beaucoup plus d’acides gras saturés que l’huile de palme et il contient du cholestérol. Il est davantage préjudiciable au système cardio-vasculaire que l’huile de palme.

    Nous vous remercions de la pertinence de votre email et nous en comprenons tout l’impact. Ce sujet n’est malheureusement pas simple à traiter.

    Nous comprenons votre souhait de ne plus consommer de biscuits Bisson avec de l’huile de palme ; vous connaissez néanmoins maintenant les raisons qui nous poussent à la maintenir dans une majorité de la gamme Bisson.

    Cordialement,

    Aline Lamarche – service consommateur

    Chef de Projet – service Innovation & Développement

    e-mail : aline.lamarche@euro-nat.com

    Euro-Nat – Territoire / groupe EKIBIO – ZA La Boissonnette – 07340 Peaugres
    Tél. +33/0.4.75.32 43 60 – Fax +33/0.4.75 67 30 24

    P Merci de penser à l’environnement avant d’imprimer cet e-mail

  2. Tout d’abord bravo pour votre démarche, c’est celle d’un citoyen responsable qui ne se limite pas à prendre pour argent comptant tout ce que racontent des étiquettes qui se veulent avant tout rassurantes. Cette démarche est à la portée de tous et est applicable à tout ce que l’on essaie de nous faire acheter. Elle est même indispensable pour que l’on cesse de nous prendre pour des bêtes de consommation.

    Concernant l’huile de palme bio, écouter le point de vue des transformateurs est toujours fascinant. Voyons donc ce grand classique de la chanson franchouillarde à la gloire de l’huile de palme bio.

    1er couplet (celui où l’on assène des vérités incontestables histoire de mettre l’auditeur dans sa poche) : l’huile de palme ordinaire est une catastrophe, ce sur quoi tout le monde s’accorde. La production d’huile de palme bio ne représente qu’une goutte d’eau de la production totale, nous sommes bien d’accord. Et puis alors ?

    2éme couplet (celui où l’on rassure) : ah mais cette huile là est bien différente, si si : bio et durable ! Saint Ecocert veille sur nous, allez en paix pauvres pêcheurs.

    3éme couplet (rayon carotte) : saviez-vous que c’est une huile aux vertus vraiment exceptionnelles ? Si exceptionnelles qu’on se demande encore comment nous avons pu vivre sans elle. Vite vite courons acheter de cet élixir de jouvence avant qu’il ne disparaisse de nos rayons ! Sauf que tout le corps médical n’est pas franchement de cet avis.

    4éme couplet (rayon bâton) : sans huile de palme, plus de petits gâteaux, na, privés de dessert emballés dans du plastique et conservable des mois. Sacrée punition ! Pour le producteur, ça c’est sûr.

    5éme couplet (notre préféré) : et si on voulait faire ça avec nos huiles bien de chez nous ce serait un gaspillage d’eau insupportable, alors vous voyez bien qu’il vaut mieux aller faire ça ailleurs, non ? Ces pays chauds et humides, après tout c’est leur fonction de cultiver pour nous ce qui ne pousse pas chez nous, on les aide assez pour ça non ? A chacun son rôle sur cette planète, non mais ! Blague à part, ça c’est un couplet que l’on entend souvent dans le microcosme bio : produire nous-même notre alimentation même bio serait devenu impossible sans ruiner notre belle nature, donc cela justifie d’aller faire ça ailleurs. Et ça se dit « bio » et « écolo », ça roule probablement à l’éthanol !

    6éme couplet (le plus vicelard) : savez-vous que le beurre c’est encore pire ? Eh oui, on vous cache des choses… Résistez à ces délicieux gâteaux au beurre sinon gare à l’infarctus, voyez comme nos campagnes se dépeuplent. Sans parler des vaches qui rotent et pètent à tout va ! Abattons ces monstres qui contribuent au réchauffement climatique (paraît que même les crevettes s’y mettent aussi). Demandez à un vrai pâtissier artisanal de vous faire des gâteaux en remplaçant le beurre par l’huile de palme et vous verrez bien.

    Refrain : on vous aime, d’ailleurs on fait tout ça pour votre bien, si vous saviez ce que ça nous coûte !

    Voilà ce qu’on vous propose : laissez donc ces gâteaux et autres produits contenant de l’huile de palme dépasser joyeusement leur date limite de consommation et adressez vous à de vrais artisans, offrez-vous des produits frais et le problème sera vite réglé. Quant aux gâteaux, sans hésitation prenez-les au beurre et faites vous plaisir de temps à autre sans vous goinfrer, c’est tout ! Et si on est allergique aux produits laitiers ? Pour mieux vivre ce terrible handicap, pensez qu’il y a bien pire : les paysans de Colombie, eux, sont allergiques au plomb des balles et à l’acier des machettes.

    Le calme estival de ce blog ne doit surtout pas vous laisser à penser que nous avons délaissé l’affaire Daabon. Bien au contraire, nous y avons travaillé d’arrache-pied. Chaque chose en son temps. A suivre…

  3. merci, pour le soutien aux vrais artisans biscuitiers; j’appartiens à cette noble profession.
    Nous fabriquons d’ailleurs un noble biscuit au citron, qui semble correspondre au goût et attentes d’au moins une colombienne.

    • Hélas, nous confirmons vos soupçons ! D’ailleurs, si vous le voulez bien nous reparlerons bientôt de ces vrais biscuits de nobles artisans et surtout du risque d’addiction que court tout malheureux qui se laisse tenter par une certaine offre de découverte !

  4. Bonjour,
    Votre blog est particulièrement intéressant, mais je souhaite modérer certains de vos propos et vous interroger sur des voies de solutions constructives.
    Je travaille pour une petite société engagée dans le Bio et qui fabrique du pain, des biscuits et du chocolat (Pain de Belledonne). Nous utilisons différentes matières grasses dont du beurre, mais majoritairement de la margarine végétale à base de palme, coprah, et huiles de tournesol.
    Autant sur les matières premières pouvant être cultivée à proximité nous pouvons engager des démarches soit en direct (filière Biosolidaire) soit au travers de nos fournisseurs, autant pour les matières importées cela est plus difficile et pose beaucoup de questions. Vous accusez fortement les utilisateurs et consommateurs de palme, mais peut on à ce jour dans notre monde actuel éliminer les échanges ?
    Devons nous arrêter la consommation de café, de chocolat ou d’épices? Vous me direz que ces matières sont spécifiques et ne poussent pas en Europe par exemple; En tant qu’utilisateur de palme, j’aurais tendance à vous dire que cette matières est réellement spécifique et ne trouve à ce jour pas d’équivalent dans les autres matières grasses existantes. C’est un peu comme si vous compariez le café et la chicorée… Donc il y a des questions à se poser avec des réponses pas aussi évidentes que vous ne le laissez entendre ! et sachez que nous nous posons ces questions !
    Il me semble que la modération (pronée par les acteurs véritablement engagés dans le Bio) et l’éthique doivent permettre des échanges de matières premières pérennes permettant à chacun de trouver son bénéfice. Le palme peut être une source de revenu intéressant pour le développement de la Colombie et autres pays s’il est bien mené. Cela impose évidemment l’exigence de certaines démarches.
    Dans ce contexte j’ai rencontré une personne du CIRAD qui m’a expliqué la démarche RSPO et en admet la limite actuelle à cause notamment des acteurs d’exploitations et des gouvernements sur place… Comme vous l’expliquez il y a effectivement des forts enjeux de pouvoir et financiers en cause. Ceci dit il y a une véritable volonté de progrès derrière cette démarche et je préfèrerais l’aider à se mettre en place plutôt que de la détruire par de la critique 100% négative.
    Vous parlez de démarches Nature & Progès reprise par Minga. Pouvez vous me donner plus d’informations et des coordonnées éventuelles de Minga qui pourrait être une voie intéressante pour progresser dans notre volonté de maintenir des échanges constructifs avec les autres pays du monde. Vous en remerciant par avance.

    • Tout d’abord nous tenons à vous dire que nous apprécions le ton de votre message, nous comprenons vos inquiétudes et n’avons aucune raison de douter de votre volonté de progresser. Nous préférons de loin cela à la rengaine officielle dans laquelle s’enferme Biocoop et certains transformateurs. C’est une démarche suicidaire que les consommateurs sanctionnent déjà et ce mouvement ne peut aller qu’en s’amplifiant ; il faut une sacré dose de mépris du consommateur pour penser encore qu’il peut en aller autrement. Nous regrettons cette situation pour des équipes de terrain sincères et nous savons très bien que la position officielle de Biocoop ne fait pas l’unanimité.

      Comme vous le dites si bien, en ce qui concerne les filières courtes il est possible d’avoir des relations indiscutablement plus conformes à nos attentes. Cela dit, court ne veut pas dire nécessairement parfait, les contre-exemples abondent hélas, mais au moins ils sont plus faciles à démasquer. Concernant des produits lointains comme ceux que vous mentionnez (café, cacao et bien sûr huile de palme) la complexité explose et ouvre la porte à des tas de dérives, certaines bien connues mais dont beaucoup s’accommodent fort bien – c’est aussi à cela que servent les « labels » – d’autres moins évidentes à débusquer.

      A aucun moment nous avons prôné de cesser tous les échanges avec les pays du sud en général. Bien au contraire, la tendance du « tout local » de plus en plus répandue dans la mouvance bio nous parait tout aussi inquiétante car elle aussi est porteuse de dérives. Il y a toujours eu (bien avant l’ère du pétrole) et nous espérons bien qu’il y aura toujours des échanges avec nos voisins lointains. Le problème n’est pas tant la distance que le mode d’échange. Or le mode actuel, y compris en bio, est de plus en plus proche du colonialisme à la bonne franquette que des échanges équitables pour tous. Et c’est bien sûr aussi une question de volume car il y a un lien direct entre les quantités exportées et la nature des échanges. Une agriculture paysanne produisant un peu de café, de canne à sucre, de cacao et pourquoi de l’huile de palme bien sûr, va pouvoir alimenter des filières tout à fait respectables (vous en trouverez un certain nombre parmi les importateurs de Minga) mais il est bien évident que cette agriculture là ne pourra jamais alimenter l’agrobusiness mondial, tout au moins pas avec les prix actuels. Une huile de palme bio paysanne serait tout simplement hors de prix sauf peut-être pour des cosmétiques haut de gamme donc nous doutons fortement que l’huile de palme puisse être « une source de revenus intéressante pour les petits producteurs de Colombie » ou de quelque autre pays dans le sens où « intéressante » veut dire exportation massive au détriment des cultures vivrières. Mais pour un usage local ou des marchés de niche (cela existe déjà), pourquoi pas, tout est une question d’échelle.

      Donc c’est bien un choix de société et on ne peut pas avoir deux discours : d’une main « soutenir » par le discours une agriculture paysanne en France et de l’autre exiger le sacrifice des paysans du sud au nom d’impératifs tehnico-économiques concernant notre bien-être. Soyons clairs : l’origine de la majeure partie des malheurs des pays du sud se trouve au nord et nous faisons tous partie du problème que cela nous plaise ou non. Au crépuscule de ce monde absurde, la fracture nord-sud s’accentuant inexorablement, la solidarité nord-sud est plus que jamais légitime mais pas n’importe comment. Certainement pas dans le style « commerce équitable » à la Max Havelaar par exemple, qui n’est qu’une combine destinée à satisfaire les besoins de la grande distribution. En fait le moyen le plus simple et le plus efficace d’aider le sud est de contribuer à la renaissance d’une agriculture paysanne dans nos pays du nord, tout à fait capable de nous nourrir sainement. Entre agriculture bio et agriculture paysanne le danger est de mettre la charrette avant les boeufs et c’est de là que viennent la majeure partie des dérives actuelles du « bio-business ». Vous ne pouvez pas ignorer que ces positions sont communes à bon nombre d’acteurs : La Confédération Paysanne, le Réseau Semences paysannes, Nature & Progrès, Minga et pour l’essentiel la FNAB pour ne citer que les plus actifs. Donc fort heureusement la réflexion commune a largement progressé au cours de la dernière décennie alors que Biocoop, pour ne pas les nommer, adoptait franchement et sans aucun complexe les méthodes de la grande distribution, laquelle s’est efforcée de rattraper son retard. Donc on s’achemine inexorablement vers une « grande explication » qui se doit d’être publique car cela concerne aussi les consommateurs.

      Que l’huile de palme bio soit un produit répondant parfaitement aux impératifs d’une certaine approche du bio, ça nous le savons pertinemment, et c’est précisément de ce bio là dont nous ne voulons pas. Et ne venez pas nous dire, vous aussi, que c’est un produit indispensable ! Indiquez nous un rayon de supérette bio dans lequel l’huile de palme est incontournable. Pour avoir souvent fait l’expérience on trouve toujours des produits alternatifs. Que ce soit un produit bien commode et qui va vous demander de gros efforts pour vous en débarrasser, ça nous le comprenons parfaitement. Nous aussi, en tant que commerçants « engagés » nous avons été, sommes et serons confrontés à des choix similaires, à savoir des filières lucratives mais devenues incompatibles avec nos exigences et nos engagements. Prendre la décision d’arrêter une filière, trouver un produit de substitution, etc. consomme beaucoup d’énergie, ne se fait pas du jour au lendemain et a des impacts économiques qui peuvent être lourds. C’est une évidence que tous ceux qui font passer l’éthique avant le fric connaissent parfaitement ; c’est un choix de vie. Pour toutes ces raisons, à aucun moment nous n’avons exigé de qui que ce soit de mettre un terme à l’utilisation de l’huile de palme bio du jour au lendemain. Mais entre une conversion instantanée et un acharnement à justifier l’injustifiable il y a de la marge ! Une marge que les acteurs sincères du bio sauront exploiter, qu’il s’agisse du secteur alimentaire, des cosmétiques, etc. Si nous étions nous-mêmes dans cette situation inconfortable, nous afficherions clairement notre intention d’évoluer et nous nous engagerions sur un calendrier d’éradication de ce composant regrettable au milieu d’autres composants tout à fait respectables. Nous irions même jusqu’à informer régulièrement le public de l’avancée de notre reconversion en expliquant nos difficultés. Tout cela nous pouvons l’entendre voire le soutenir. Nous sommes absolument certain qu’une telle attitude serait récompensée par un regain de confiance de nos clients qui compenserait les sacrifices exigés. A ce jour, pour autant que nous le sachions, ceux qui se sont engagés dans cette voix n’ont pas à le regretter, bien au contraire. Alors que ceux qui s’acharnent à camper sur des positions honteuses le paieront probablement au prix fort et désolé mais nous n’irons pas pleurer sur leurs tombes. A bon entendeur… Nous aurions plaisir à déguster un certain sablé si nous étions rassuré sur sa composition, et si c’est dument justifié nous accepterons de le payer plus cher.

      CIRAD : faut-il encore répéter que ce fleuron de la recherche coloniale française porte une lourde responsabilité dans l’expansion que l’on sait de l’huile de palme en Indonésie ? Mais peut-être qu’au fin fond d’un laboratoire secret on travaille d’arrachepied à la mise au point du clonage des orangs-outangs, histoire de se racheter une bonne conscience ? Faut-il aussi rappeler les liens entre le CIRAD et le lobby français des agrocarburants ? Il suffit pourtant de visiter leur site et d’avoir en tête les noms de quelques tristes sires que vous trouverez facilement en lisant ou relisant l’enquête de F. Nicolino « la faim, la bagnole, le blé et nous ».

      RSPO : encore une ignoble arnaque, dénoncée par plus de 200 ONGs dans le monde et soutenue par une seule : le WWF ! (cf. article ici)

      N&P et Minga : commencez par leurs sites respectifs, vous y trouverez divers documents qui s’adressent à tous (N&P édite aussi une revue). Maintenant en tant que professionnel si vous avez des questions précises vous pouvez les contacter directement et vous serez dirigé vers les personnes les plus à même de vous répondre. Encore une fois, nous partons du principe que nul n’est parfait mais que nous pouvons tous nous améliorer, il suffit pour cela de s’y engager. Autrement dit, quel que soit votre point de départ, si vous voulez vous inscrire dans une démarche de progrès alors vous trouverez des accompagnateurs chez ces acteurs.

      En conclusion, le grand mérite de ce problème de l’huile de palme bio est de mettre le doigt là où ça fait très mal et de poser clairement une question de fond : quelle bio voulons-nous ? Et si cela peut contribuer à une clarification salutaire de la situation dans le milieu de la distribution bio nous en serons très honorés.

  5. Voici un lien vers un article de micronutrition qui complète bien ce que vous dites :
    http://www.blog-micronutrition.com/post562.htm

  6. […] principaux labels [11] L’épineuse affaire de l’huile de palme bio colombienne  [12] l’huile de palme bio ou le massacre à l’étiquette [13] Une huile de palme « durable » est-elle possible […]

  7. […] (1) Concernant le sujet de l’huile de Palme et de la certification : https://avenuecolombie.wordpress.com/2010/04/28/lhuile-de-palme-bio-ou-le-massacre-a-lethiquette/ […]

  8. […] (1) Concernant le sujet de l’huile de Palme et de la certification : https://avenuecolombie.wordpress.com/2010/04/28/lhuile-de-palme-bio-ou-le-massacre-a-lethiquette/ […]


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