Publié par : avenuecolombie | 28 janvier 2012

Huile de palme bio : synthèse 2012

Que vous soyez un nouveau visiteur ou un habitué, sachez que nous avons complètement remanié la page « Huile de palme bio » en forme de synthèse. Ce n’est toujours pas un chef d’oeuvre de concision mais nous espérons que cette synthèse répondra mieux aux attentes de celles et ceux qui souhaitent s’informer sans y consacrer des heures. Les plus courageux y trouveront de nombreux liens vers les articles précédents pour approfondir tel ou tel aspect.

N’en déduisez pas que cette synthèse marque pas la fin de l’histoire. Même si l’huile de palme bio est maintenant bien installée sur une belle planche savonneuse sa disparition des magasins bio n’est pas pour demain. D’autres articles suivront, que ce soit sur les aspects franco-français ou colombiens.

Il y a bien d’autres problèmes graves que nous pourrions évoquer à propos de la Colombie, en particulier la ruée vers les matières premières (pétrole et métaux) mais le lien entre les entreprises concernées et les consommateurs français est bien plus difficile à établir même lorsque des intérêts français sont en jeu.

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Publié par : avenuecolombie | 15 décembre 2011

Huile de palme : Unilever et ses margarines Planta et Fruit d’Or

Il y a quelques mois nous présentions « Sauvons la Forêt » qui lançait une pétition à propos des margarines Planta fin et Fruit d’Or du groupe Unilever en raison des dégâts engendrés par les cultures de palmier à huile de son fournisseur en Indonésie. L’affaire continue avec une action de protestation devant le siège allemand de la multinationale à Hambourg en présence d’une famille du peuple indigène Suku Anak Dalam qui demande la restitution de ses terres. Cette action est menée en collaboration avec Robin Wood et Watch Indonesia.

Pour en savoir plus, lisez le communiqué conjoint de ces ONGs sur cette action en cours qui pourrait en inspirer d’autres :

http://www.sauvonslaforet.org/communiques/3952/action-au-siege-d-unilever-a-hambourg

La lutte contre l’accaparement des terres dans les pays du Sud pour que les pays nantis continuent de mener le même train de vie à moindre frais est aussi et surtout l’affaire de tous ceux qui refusent cet état de fait ici, dans les pays qui profitent de ces crimes. Malgré de timides avancées ici et là nous sommes encore loin d’actions concertées, au moins à l’échelle européenne, qui auraient pourtant une tout autre incidence.

Publié par : avenuecolombie | 8 décembre 2011

Impunity ou le quotidien des rescapés du génocide colombien

En toute logique cet article aurait dû paraître depuis déjà un certain temps car il semble plausible que sa sortie et sa projection en Colombie soit pour quelque chose dans le déclenchement des évènements en cours.

Quelques chiffres pour situer le problème :

Disparitions forcées : 55.000 selon l’Acnur(1) ; 50000 selon la Comission Nationale « Réparation et Victimes »(2) au cours des 20 dernières années, plus une dizaine de milliers dans les 20 ans précédents ; 57000 selon Christian Salazar du Haut Commissariat de l’ONU.

Massacres célèbres (3) : la Rochela, Bojaya, Bahia Portete, el Salado, Trujillo(4)

Population déplacée : 3,7 millions selon l’action sociale du gouvernement (5) (6) (7)  dont 2% d’indigènes, le groupe le plus vulnérable (soit près d’un indigène sur 5 !).

Comparaison avec la dictature en Argentine : peut-être 30000 disparus mais sur une période beaucoup plus courte(8).

Impunity

Le film

Le film s’ouvre sur la douleur d’une jeune femme qui raconte une scène dont la cruauté n’est hélas rien comparée aux horreurs racontées dans d’autres témoignages que nous avons reçus par ailleurs. Elle est toutefois suffisante pour faire entrer le spectateur dans le vif du sujet. C’est une des grandes réussites du film, destiné à être vu par un large public, que d’avoir su éviter l’horreur compte tenu de ce dont est capable d’endurer un téléspectateur d’aujourd’hui. Ce qui ne l’empêche pas d’installer une ambiance de plus en plus pesante au fur et à mesure où l’on accompagne les victimes dans leur parcours du combattant : interrogatoires des chefs paramilitaires, essais d’identification de bouts de vêtements retrouvés au voisinage de quelques restes, jusqu’à la cérémonie de remise d’un mini cercueil aux plus chanceux…

Ce film nous fait également revivre des moments historiques comme les discours des grands chefs paramilitaires devant l’assemblée qui les applaudit ! Il faut dire qu’à cette époque (2005) on estime que plus d’un tiers de l’assemblée est composée de paramilitaires. Puis on suit le déroulement de la démobilisation officielle des groupes paramilitaires et la comparution des caïds devant les commissions d’enquête spéciales. Dans une salle annexe où les interrogatoires sont retransmis sur de grands écrans, les familles des victimes sont autorisées à poser des questions à ces « commandants » de mercenaires. Il faut les entendre se retrancher derrière un patriotisme exemplaire pour essayer de se justifier. Le plus détestable est sans contexte le tristement célèbre « Jorge 40 » que nous avons déjà évoqué en raison de la proximité de son QG avec les plantations du groupe Daabon dont il est beaucoup question ici.

Mais le plus incroyable de tous est un certain « HH ». Non seulement c’est le seul à donner de sérieux signes de repentir, le seul à fournir de réelles informations qui vont par exemple permettre de trouver des fosses communes ou de mette en cause des militaires encore en vie. Au cours du film on suit sa propre évolution, pas à pas. L’ancien « commandant » prend conscience de n’avoir été qu’un pion que les grandes entreprises manipulaient pour éliminer tous ceux qui se mettaient en travers de leur chemin sous couvert de lutte contre la guérilla ; un syndicaliste par ici, un leader paysan par là… Vers la fin, HH interpelle tous les colombiens avec ses questions Ô combien pertinentes : « êtes-vous vraiment sûrs de vouloir connaître toute la vérité ? ». Et d’évoquer le fameux groupe des six, les six gros bonnets qui tiraient les ficelles de ce jeu macabre et qui eux courent toujours. On y apprend également que le carnet de RDV du chef opérationnel Castaño était plein en permanence, et que tous les jours il y avait un ballet continuel d’hélicoptères amenant politiciens et hommes d’affaires pour consulter le maître. Celui-ci a probablement été éliminé du fait de son incapacité à comprendre que vis à vis de l’étranger trop de cadavres au grand jour c’est mauvais pour l’image de marque et les investissements étrangers. La pression internationale a été le principal moteur du développement des fours crématoires et des fosses communes dans lesquelles les corps étaient démembrés pour être moins facilement identifiables. C’est tout un système de corruption incroyable qui est mis à nu, un système basé sur l’horreur et il ne fait pas le moindre doute que la lutte contre la guérilla n’était qu’une couverture à une vaste campagne d’accaparement des terres, qu d’ailleurs continue de nos jours.

Ces confessions des principaux chefs paramilitaires sont allées bien plus loin que prévu que ne l’avait prévu les puissants qui ont eu cette idée lumineuse de démobiliser les paramilitaires pour soigner leur image à l’international. Beaucoup trop loin, en fait. Devant le danger que cela représentait, Uribe s’est arrangé pour les extrader aux USA où ils pourront négocier leurs services sans avoir à répondre aux familles des victimes. HH sera le dernier extradé malgré l’opposition des défenseurs des victimes. Compte-tenu de sa volonté de collaborer Uribe n’a pas pu l’extrader en même temps que les autres, mais devant le danger qu’il représentait il a réussi à imposer son extradition. L’attitude du TPI reste assez floue dans cette histoire. Il y aurait encore beaucoup à dire mais Impunity le fait tellement mieux.

A l’attention de ceux qui voudraient utiliser ce film comme support à un débat, par expérience, disons que pour un public non averti, Impunity n’est pas le genre de film qui prépare à un débat serein dans les minutes qui suivent. Malgré l’absence d’images auxquelles le spectateur s’attend peut-être, la salle est en état de choc. Prévoir une pause avec un bon remontant.

En fait c’est le but recherché et c’est la grande force du film, pour que le monde, à commencer par la Colombie, prenne enfin conscience de l’ampleur de ce génocide qui continue toujours et de ce qu’il signifie. C’est aussi un hommage à la mémoire des victimes, dont les familles attendent des réponses parfois depuis plus de 10 ou 20 ans. Et c’est bien sûr un gros pavé dans la mare des partisans du négationnisme, du révisionnisme et de l’auto-amnistie.

En conclusion, Impunity est un film qu’il faut absolument voir.

  1. http://www.acnur.org/t3/noticias/noticia/colombia-unodc-y-gobierno-se-unen-para-investigar-desapariciones-forzadas/
  2. http://www.memoriahistorica-cnrr.org.co/s-noticias/articulo-92/
  3. http://www.memoriahistorica-cnrr.org.co/s-informes/informe-7/actividad-videos/documental-trujillo-una-tragedia-que-no-cesa-14/
  4. http://www.banrepcultural.org/blaavirtual/memoria-historica
  5. www.codhes.org/ ( centre de droit de l’homme et déplacements)
  6. http://www.acnur.org/t3/operaciones/situacion-colombia/desplazamiento-interno-en-colombia/ (agence de l’ONU pour les réfugiés)
  7. http://www.movimientodevictimas.org (mouvement national des victimes d’Etat)
  8.  http://es.wikipedia.org/wiki/Desaparecidos_durante_el_Proceso_de_Reorganizaci%C3%B3n_Nacional

Autres liens sur les disparitions

ONGs:

Presse :

Publié par : avenuecolombie | 6 décembre 2011

Coup de force contre les défenseurs des Droits de l’Homme en Colombie

Depuis quelques jours la Colombie vit un intense débat à propos de la restitution des terres spoliées par les paramilitaires et de l’aide aux victimes des violences. Pour pouvoir revenir sur ses promesses, l’état s’appuie sur un cas isolé et suspect de fausse victime ce qui au passage lui permet de discréditer un cabinet d’avocats réputés. Dans la foulée, il présente maintenant l’expulsion de la communauté de las Pavas de ses terres comme un canular, alors qu’il s’agit d’un cas emblématique pour les ONGs de défense des droits des paysans à cultiver leurs terres. Autrement dit c’est une attaque en règle contre toutes les forces qui défendent les Droits de l’Homme en Colombie alors que le pays refuse de reconnaître l’ampleur du génocide et la réalité de la spoliation de millions d’hectares de terres au profit des grandes entreprises et d’intérêts privés. Autant dire que l’enjeu est de la plus haute importance. Et pour démêler les fils de cette affaire complexe il faut la replacer dans son contexte ; ce qui est assez long.

Le pyromane et le pompier

Autant Uribe, président au langage guerrier et vulgaire ne rechignait pas à se tacher les mains, autant Santos est une sorte de Monsieur Propre au verbe académique d’un grand sage au-dessus de la mêlée, et aussi le roi de l’esquive à la première échauffourée.

Uribe a été le président de la « Sécurité Démocratique » (1) qui a conduit à la persécution et à la mort un nombre impressionnant de leaders sociaux (syndicalistes, paysans, responsables des droits de l’homme, etc…) sous couvert de lutte contre la guérilla. Vu l’onde de choc interne et externe provoquée par le tsunami Uribe, Santos (qui soit dit en passant a été en première ligne de cette « sécurité démocratique ») campe le rôle du gentil pompier.

Santos est donc le président de la Loi de « restitution des terres ». Cette loi, dite Loi 1448, finalement votée en juin 2011, admet l’existence d’un conflit armé et que ce conflit a fait des victimes, ce qui est déjà un premier pas. Mais la reconnaissance est assortie de conditions qui visent à réduire le nombre de victimes reconnues et surtout cette loi nie la réalité des violences commises pendant et depuis le processus de démobilisation des groupes paramilitaires, y compris en ce moment.

Car, que les choses soient bien claires, avec Santos ce n’est pas vraiment la fin des assassinats : pas moins de 38 leaders des droits de l’homme ont été assassinés en 2011. Et malgré la démobilisation officielle des paramilitaires, les déplacements et assassinats de paysans continuent. Selon l’Onic (organisation représentant les peuples indigènes) les dernières cultures indigènes sont en voie d’extinction : 72 indigènes assassinés cette année (article à suivre).

Voir à ce sujet le lien suivant en français :

http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases/colombia-victims-law-important-step-forward-questions-remain-2011-06-03

En réalité Santos est un pompier particulièrement machiavélique qui poursuit exactement les mêmes objectifs qu’Uribe. Mais pour continuer de prendre les terres des paysans tout en faisant semblant de leur restituer, l’équipe Santos a imaginé une nouvelle stratégie qui commence à prendre forme.

La tentation révisionniste

Très vite les grands propriétaires se sont émus des effets collatéraux de cette loi de restitution des terres aux paysans ayant survécu aux expulsions imposées par les paramilitaires qu’ils utilisaient pour accroitre leur emprise sur les terres agricoles, les forêts, etc. Mais Santos les a vite rassuré. Restituer certes, mais pour continuer d’y faire la même chose au profit des spoliateurs en place. Car il n’a jamais été question de raser des plantations juteuses pour que des incapables se contentent d’y faire pousser de quoi se nourrir ! Autrement dit, carte blanche pour enrôler ces paysans dans des pseudos-coopératives pour mieux les asservir et les déposséder de leurs terres le plus légalement du monde cette fois.

Mais cela ne suffisait pas car la loi de restitution des terres comporte également un volet de dédommagements aux victimes de violences encore en vie. Or les victimes, il y en a beaucoup, beaucoup trop… Sans compter ce film, Impunity (2), qui a fait le tour du pays pour éveiller les consciences à la réalité d’un génocide silencieux que la classe moyenne (et plus) des grandes villes n’a pas vraiment envie de connaitre.

C’est là où l’équipe Santos a une idée géniale : et s’il n’y avait plus de victimes ! Si tout cela était un tissu de mensonges de ces loquedus qui vivent de mendicité dans les rues des grandes villes ? Bien sûr la ficelle est grosse mais depuis plus d’un demi-siècle la manipulation est une science à part entière. Pas question de prouver que toutes les affaires sont bidon, cela prendrait trop de temps. Il suffit de s’en prendre à un cas et de le monter en épingle pour faire adhérer une certaine opinion publique à l’idée qu’il n’y a aucune raison de donner autant d’argent public à de stupides paysans tout juste bons à produire leur propre alimentation !

Et quel meilleur exemple que celui de las Pavas, que tant d’ONGs soutenues par divers pays ont voulu en faire un symbole ! Idée géniale, reconnaissons le ; dans un certain registre, bien sûr.

NB : c’est la même technique que dans l’affaire du méga-hôtel dans le parc national Tayrona  où le gouvernement s’est contredit à peu de temps d’intervalle en niant les droits des indigènes sur les espaces convoités.

Objectif : discréditer les défenseurs des droits de l’homme qui accompagnent les victimes (3)

En novembre 2011 le collectif d’avocats « Abogados José Alvear Restrepo » qui accompagne et défend plusieurs victimes des crimes d’Etat, a été mis en cause car une femme, Mariela Contreras, qui fut indemnisée par l’Etat parce qu’elle avait déclaré que son mari et un fils avaient disparu lors du massacre de Mapiripan (4), commis en 1997 par les paramilitaires avec la complicité de l’armée, revient aujourd’hui sur ses déclarations et déclare que le collectif a profité de son ignorance.

http://www.elespectador.com/noticias/judicial/articulo-308036-los-abogados-negociaron-masacre-de-mapiripan

http://www.verdadabierta.com/nunca-mas/40-masacres/2132-la-semana-negra-de-julio

http://www.elespectador.com/impreso/opinion/columna-313461-mapiripan

A partir de là on sentait venir le coup fourré.

Fort de cette « fausse victime », le gouvernement descend maintenant le nombre de victimes de 77 à seulement 13. Comme le dit le journaliste Lisandro Duque Naranjo : « à ce pas, pour Noël, le prochain rapport dira que cela a été une petite bagarre entre poivrots et que les paramilitaires sont arrivés au village pour y admirer le panorama ».

Quant à savoir si en l’occurrence il s’agit d’un truquage sciemment planifié ou d’un simple fait divers, là n’est pas le fond de la question. Il faut voir « Impunity » pour comprendre dans quelles circonstances les vraies victimes doivent choisir parmi des photos de bouts de vêtements quel est le tas d’os qui pourrait être un mari, un fils, un frère… sachant que les restes sont retrouvés pêle-mêle, les morceaux mélangés et que le nombre de médecins-légistes est volontairement maintenu à un niveau ridicule.

Sans ces avocats qui les assistent bien peu de victimes auraient gain de cause, la loi étant justement tournée dans ce sens. Cela dit il y a des dérives car la tentation est grande pour des avocaillons sans scrupules qui y voient une manne d’autant plus tentante que les sommes allouées semblent démesurées. Hollmann Morris, a déjà réalisé une émission Contravia à ce sujet qui montre que des familles de « faux-positifs » ont choisi ce collectif pour leur sérieux, repoussant les propositions d’avocats trop empressés à les aider (familles de jeunes gens des banlieues à qui l’on promettait une place dans l’armée et qui étaient ensuite déguisés en guérilleros avant d’être abattus pour augmenter les statistiques de réussite de l’armée).

Voir aussi le lien suivant en français ; ce que demandent avant tout les paysans ce sont des terres pour y vivre dignement, pas des montages de pesos.

http://america-latina.blog.lemonde.fr/2011/06/10/colombie-les-victimes-entre-espoir-et-menaces/

D’après Lisandro, le gouvernement était au courant de cette escroquerie depuis 2008 mais comme par hasard il ne la sort de la manche que maintenant pour discréditer un de ces collectifs d’avocats réputés qui sont devenus de véritables épines dans le pied de ceux qui voudraient bien continuer de violer les droits de l’homme en toute impunité.

L’objectif de ces statistiques minimalistes est bien entendu d’effacer de la mémoire publique la vraie dimension de ce génocide. Et ça marche : le gouvernement a réussi à faire passer une loi à l’assemblée pour accorder l’immunité aux forces armées devant la justice ordinaire quand ils sont accusés d’avoir participé à des délits de lèse-humanité. Autrement dit, exit les poursuites contre les militaires complices des paramilitaires, massacre ou pas massacre. Bien joué.

Chez Daabon tout est bon !

Daabon (cf. huile de palme bio) a toujours dit que cette affaire de las Pavas, qui leur a valu une certaine notoriété, était un coup monté par des ONGs avides de s’en prendre aux honnêtes entreprises. Et si c’était vrai ? Après tout, la direction de Biocoop y croit bien, elle ! Sans compter Rapunzel et bien d’autres chevaliers bio qui ne veulent pas trop se mouiller mais que ça arrangerait bien. A bien y réfléchir l’idée est excellente ont dû se dire les cerveaux de Santos. Il ne restait plus qu’à mettre les pièces du puzzle en place, à commencer par le coup précédent qui met en cause un de ces collectif d’avocats.

Quelques jours après ce scandale, le procureur ou « Fiscal » (dans le vocabulaire juridique colombien) de Cartagena, Myriam Martinez Palomino déclare qu’il n’y a pas eu de déplacement à las Pavas ! Nous y voilà. Les 123 familles présentées deviennent des fantômes et les ONGs des droits de l’homme ont voulues s’enrichir grâce aux victimes ou mieux encore grâce à de fausses victimes. Aussitôt cette accusation lancée, un ex-ministre de l’intérieur d’Uribe, Fernando Londoño, qui fut condamné pour malversation de fond et abus de position pour favoriser des investisseurs, se fait un devoir d’amplifier la rumeur. C’est cet homme de l’extrême droite qui « révèle » dans une chaine de radio que le cas des Pavas a été une tromperie des paysans et des ONGs et remet en cause tout le travail fait par plusieurs ONGs indépendantes ainsi que par le conseil d’avocat de l’Université Javeriana de Bogota.

Malgré ses condamnations, Londoño continue à conspirer avec le Général Rito Alejo del Rio, celui qui a été condamné pour participation aux crimes de lèse-humanité avant la nouvelle loi d’amnistie. Les deux compères ont déjà mijoté un plan pour discréditer les ONGs et en particulier le prêtre Javier Giraldo de l’ONG Justice et Paix comme le montre la conversation enregistrée par le journal de TV Noticias UNO le 8 octobre 2008.

http://www.youtube.com/watch?v=elrfyvo5-yw

http://www.semana.com/justicia/denuncia-contra-fernando-londono/125967-3.aspx

Mais le plus inquiétant c’est la Fiscale Générale Viviane Morales, considérée comme une « dame de fer » (équivalent de Procureur de la République), qui soutient la Fiscale de Cartagène dans ses déclarations : le cas de las Pavas est une farce montée par un groupe de personnes qui en attendent du profit pour escroquer l’Etat et cela montre les difficultés des l’Etat pour mettre en œuvre la loi de victimes !

http://www.semana.com/nacion/leccion-pavas/168576-3.aspx

D’après José Augusto Paez, conseiller du programme de Développement et Paix du Magdalena Medio, « il est très insolite d’entendre que la Fiscale Morales nie qu’il y ait eu conflit dans cette région, car nous avons été témoin physique de cela, nous n’avons pas fait un simple rapport, nous étions présents à l’époque des faits ».

La Fiscale Martinez de Cartagena se base entre autre sur le témoignage d’un paysan, Pedro Moreno, qui est parti de l’Association Asocab et qui travaille aujourd’hui, devinez pour qui ? Mais oui bien sûr, pour les entreprises qui exploitent le palmier à huile ! Or donc voilà notre Pedro Moreno qui revient sur ses paroles, en disant qu’il n’y a jamais eu de déplacement. Elle s’appuie aussi sur le témoignage d’un entrepreneur du secteur de la palme, Rafael de Jesús Cárcamo García, qui fut l’intermédiaire pour la vente de las Pavas entre Daabon et le soi-disant propriétaire des terres, et qui en fin connaisseur dénonce les paysans et le curé Francisco de la Roux comme étant des éléments de la guérilla (ça par contre c’est plutôt dans le style Uribe).

Selon l’historien et journaliste Alfredo Molano il n’y a pas de doutes quant à l’existence de paramilitaires dans la zone de Papayal (région de las Pavas) où ils avaient une base avec des hommes armés et on ne peut pas faire une révision du cas de las Pavas sur la seule base du témoignage d’un Moreno (depuis, les preuves s’accumulent contre ce paysan qui n’a pas résisté à l’envie de consommer le salaire de ses bons et loyaux services). Molano ajoute que tout cela est un plan pour discréditer la loi des victimes approuvée après 50 ans de conflit, loi qui a pour but de restituer les terres aux paysans et de soutenir les victimes des groupes armés.

http://www.lasillavacia.com/historia/las-pavas-29974

http://verdadabierta.com/component/content/article/158-captura-de-rentas-publicas/3733-en-las-pavas-si-hay-victimas-/

Bien sûr, parmi les entreprises de palme, Daabon, n’a pas été la dernière à sauter de joie. La conspiration pour semer le trouble sur la conduite des ONGs commence à faire effet, le doute s’installe sur la réalité de l’ignominie de la violence subie par toutes les communautés paysannes, afrocolombiennes et indigènes, pour ainsi minimiser le problème au profit des grandes entreprises et d’intérêts particuliers.

Et maintenant ?

On voit que les grandes entreprises, à commencer par celles du secteur de la palme, sont assez puissantes pour manipuler jusqu’aux plus hauts fonctionnaires de l’état. Il faut dire que le fait d’avoir un des leurs au ministère de l’Industrie et du Commerce, un cousin proche des propriétaires de Daabon, permet en plus de tirer les ficelles de l’intérieur du gouvernement. On est jamais si bien servi que par soi-même.

Les ONGs et le gouvernement jouent leur va-tout. Si le gouvernement arrivait à ses fins ce sera la mort des ONGs et la porte ouverte à toutes les dérives des droits de l’homme car cette force d’opposition n’aurait plus de crédibilité. Si par contre, les ONGs démontrent encore une fois que tout cela est un montage orchestré par des intérêts juteux (ce n’est pas la première tentative du genre mais celle-là est particulièrement élaborée), ce sera une victoire, pas seulement pour les paysans mais pour les droits de l’homme en général.

Une chose est sûre, ce cas n’a pas fini de faire parler de lui, car d’heures en heures les révélations fusent et nous n’en sommes qu’au tout début. Et la levée de boucliers que soulève une telle manœuvre de manipulation en Colombie est exemplaire. Comme on l’entend à un moment dans le film Impunity, en Colombie il y a des fonctionnaires courageux qui font un travail formidable au péril de leur vie. On peut en dire autant de certains médias et journalistes. Impunity nous apprend aussi que la pression des ONGs a joué un rôle important dans l’histoire récente de la Colombie. Donc cette attaque en règle s’apparente aussi à un règlement de comptes. Là-bas comme ici, la résistance citoyenne est plus que jamais à l’ordre du jour.

En France, gageons que nos preux chevaliers du bio, nos vaillants défenseurs de l’huile de palme bio Daabon ne tarderont pas à sortir du bois.

  1. Sécurité Démocratique : programme lancé par Uribe, cf. http://risal.collectifs.net/spip.php?article900

  2. Impunity : un film remarquable de Juan  Lozano et Hollman Morris (http://www.impunitythefilm.com) sur le grand pardon aux paramilitaires et la tentation de l’oubli de ce génocide silencieux. Nous y reviendrons car il ne serait pas étonnant que ce film y soit pour beaucoup dans le déclenchement de ces attaques.

  3. http://www.contravia.tv/NUEVO-CAPITULO-Senalamientos-a

  4. http://es.wikipedia.org/wiki/Masacre_de_Mapirip%C3%A1n

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