Publié par : avenuecolombie | 8 novembre 2012

Grand prix du Margoulin bio : ma chandelle est morte…

On parle souvent du « dernier des margoulins », eh bien c’est à tort car on peut toujours faire mieux  : c’est Ecodis qui le prouve ! Bon d’accord, nous trichons un peu car Biocoop et Ecodis c’est bonnet blanc et blanc bonnet, Ecodis est « une entreprise indépendante mais associée » à Biocoop (dixit le site officiel de Biocoop) qui s’occupe de la branche « produits écologiques », peu importe les détails techniques des liens entre ces deux entités.

Or donc, voyant bien que depuis deux ans la plupart des transformateurs de tous poils se débarrassent peu à peu de l’huile de palme, malgré tout le mal que s’est donné Biocoop pour justifier l’injustifiable, c’est Ecodis qui prend la relève avec une idée géniale : si de plus en plus de gens rechignent à avaler cette saloperie ou à même à s’en tartiner la frimousse, nous allons leur proposer de la faire brûler ! Là au moins, pas de réticences avec ces fichus acides gras saturés. Il suffit de ressortir le blabla habituel avec quelques photos bucoliques et hop, emballé c’est pesé, admirez nos belles bougies bio ! La manoeuvre est habile, reconnaissons-le. Chez Ecodis non plus l’argent n’a pas d’odeur (quoi que, les bougies à l’huile de palme, faut voir ou plutôt sentir) et la technique d’emballage est la même qu’à Biocoop : plus écolo que moi, tu meurs ! (sans vilain jeu de mot) Quand on pense que dans un moment d’égarement nous avons failli devenir clients…

Mais revenons sur l’évolution de ces derniers mois. A chaque visite d’un magasin bio, c’est plus fort que nous, nous faisons un relevé des produits contenant ladite saloperie et nous sommes les premiers surpris de sa raréfaction. Même un fidèle adepte comme l’huilerie Emile Noël a peu à peu remplacé l’huile de palme par de l’huile de tournesol (il se peut qu’il en reste encore dans quelques références mais sa conversion est néanmoins spectaculaire). D’autres n’ont pas encore bougé le petit doigt comme son collègue l’huilerie Ph. Vigean qui n’ose plus sortir ses blocs d’huile de palme dans les salons bio par peur de se faire lyncher ou encore un certain Jean Hervé, idem pour les produits Gravier. N’oublions pas les biscuits Bisson ou ceux du Pain de Belledone, de brillants résistants de la première heure. Quant au rayon gâteries pour enfant c’est là où ça se gâte justement, méfiance et prière d’apporter votre loupe. Est-ce la voie de la raison qui se serait faite entendre par ici et pas encore par là pour des raisons obscures ? Ne rêvons pas, les doutes sur les qualités sanitaires de l’huile de palme ont fait bien plus que notre mise en cause du producteur colombien Daabon. Qui se soucie des conditions de production des fraises et des tomates en provenance d’Andalousie, par exemple ? Alors, l’huile de palme de Colombie, du moment que c’est certifié bio (merci Ecocert), le reste… Et de toute manière, pas davantage que Biocoop, il est hors de question pour qui que se soit d’admettre s’être fait roulé dans la farine par l’importateur et le producteur de matière première, ce serait créer un fâcheux précédent ! Garder la tête haute coute que coute face au client, mais si le client boude un produit alors là, on s’adapte vite fait bien fait sans tambours ni trompettes et surtout sans plus d’états d’âme qu’avant. Business is business.

A l’attention des nostalgiques : si vous recherchez un muësli à l’huile de palme, il faut bien reconnaître que ça devient de plus en plus difficile à trouver, damned, mais il y a une solution. Allez dans une biocoop, au rayon muësli et cherchez le macaron « ensemble pour plus de sens », voilà, vous brûlez !

Petit à petit, d’articles en conférences, la prise de position courageuse de Nature et Progrès qui finalise son nouveau cahier des charges sans huile de palme, l’affaire de l’usine d’huile de palme dans l’Aude à l’origine de la création du collectif No Palme, la sortie du livre de Ph. Baqué (« la bio entre business et projet de société »), ses articles pré-publication et ses conférences post-publication, d’autres blogs qui ont relayé nos infos, etc. tout cela a fini par créer un mouvement de refus suffisant pour avoir un impact mesurable sur les ventes. Eh oui, chez ces gens là, le portefeuille est l’endroit le plus sensible donc c’est là où il faut frapper. Bien sûr que nous savons qu’il y a des gens sincères partout, mais vraiment partout : chez Dassault, Michelin, Alsthom, Total, Areva, etc. pour ne parler que des petits gars bien de chez nous, alors pourquoi pas chez Daabon, Biocoop ou Ecodis ? Bien entendu que personne ne se réveille le matin en se demandant comment être encore plus ignoble que la veille. Pour nous protéger de tels affres, notre cerveau est tout à fait capable de mettre en place des stratagèmes pour que nous nous posions plutôt la question sous la forme : comment vais-je encore sauver le monde aujourd’hui ? Faut reconnaître que c’est plus gratifiant.

Venons-en maintenant à cette ode à la gloire de Daabon publiée sur le site d’Ecodis (www.ecodis.info/pdf/daabon.pdf) et vanté dans son dernier catalogue, car c’est vraiment un chef d’oeuvre du genre.

Notre mission : Cultiver, transformer et commercialiser des produits biologiques durables de grande qualité, tout en assurant le bien-être de nos employés, la protection de l’environnement et l’accomplissement de notre responsabilité sociétale. DAABON Organic’ est une entreprise familiale fondée sur la passion et l’engagement de 3 générations de la famille Davila.

 Chaque mot est pesé, rien n’y manque, le reste de la présentation va développer ces différents points. Pas à dire, côté com c’est du vrai travail de pro, dans les règles de l’art ; pas dans nos moyens. On ne va pas vous ennuyer avec la généalogie du clan Daabon et ses liens avec les présidents successifs, disons simplement que c’est conforme à ce que l’on peut imaginer ; digne d’un Tintin, alors autant relire votre Tintin favori.

Nos activités comprennent aujourd’hui une chaîne d’approvisionnement entièrement intégrée, y compris des usines d’huile de palme, des raffineries et même notre propre terminal.

Tout cela est exact, Daabon possède effectivement la plus grande raffinerie d’huile de palme d’Amérique du Sud pour faire… du biodiésel ! Financée entre autre grâce à un détournement d’argent public, avec la bénédiction d’Uribé, mais qui a dû être remboursé en catimini (avec échelonnement négocié s’il vous plait) avant que des poursuites soient engagées à leur encontre ; d’autres, des cousins du genre m’as-tu-vu qui se croyaient tout permis sous prétexte qu’un des leurs est ministre n’ont pas réussi à éviter la prison (cf.article). Au moins leurs déboires auront bien fait rire les colombiens, c’est toujours ça. Quant au terminal et ses cuves de stockage, il est également bien connu des riverains qui ont déjà subi plusieurs « marées rouges » dues à des fuites d’huile malencontreuses qui s’en est allé décorer les coraux ; dommage pour les pêcheurs (cf. article).

Nous sommes aussi fortement attachés à notre communauté et nous pensons que nous devons profiter de chaque opportunité pour aider les gens de notre région à obtenir des conditions de vie meilleures en leur offrant un bon emploi, de meilleures conditions de travail, en aidant les petits cultivateurs, et en faisant en sorte que la santé et l’éducation soient à la portée de la majorité des gens.

 C’est bien pour ça que Daabon a fait expulser les paysans de las Pavas (cf. article), des vauriens qui ne pensaient qu’à cultiver pour se nourrir ! Sérieusement, la palme et l’emploi ou le bien-être des paysans, c’est une vaste fumisterie à côté de laquelle la comptine de notre grande distribution créatrice d’emploi ressemble à une blague de potache. Rappelons qu’à surface égale, la palme emploie 10 fois moins de personnel que la banane, autant dire une aubaine pour les planteurs ! Quant aux paysans ils sont priés d’aller voir ailleurs. Alors c’est vrai il faut bien en garder quelques uns car tout le travail ne peut pas être mécanisé ; ceux-là seront dépendants à vie de la main qui les nourrit. Mais ce qui est de l’or vert pour une petite minorité est un désert vert pour tous les autres.

Chaque année, nos activités font l’objet de contrôles réalisés par des auditeurs externes expérimentés

Comme par ce bon monsieur Pons, pompier international d’Ecocert et accessoirement petit notable PS de l’Aude, celui qui conseillait aux paysans de las Pavas d’être raisonnables et de s’entendre avec Daabon ? (cf. article) Nous referons le point ultérieurement sur la situation à las Pavas.

Une biodiversité durable : Nos activités sont basées dans la jolie région de Santa Marta, entre les montagnes de la Sierra Nevada, une des régions les plus riches au monde au niveau de la biodiversité. Dans cette zone, forêts tropicales et pics enneigés ne sont qu’à quelques kilomètres et les ornithologues amateurs aiment la région pour ses nombreuses espèces d’oiseaux.

 Jusque là tout est vrai. Avant cette affaire, nous avons nous-même largement profité des richesses naturelles de cette région malgré la chape de plomb du paramilitarisme particulièrement implanté dans cette région et toujours en activité malgré la démobilisation officielle. Pour la petite histoire, dans une zone bien connue pour ses affrontements sanglants entre bande rivales de paramilitaires, on pouvait voir ici et là un petit panneau signé AUC (super-para-national) interdisant de toucher à tel ou tel arbre abritant par exemple un nid d’oiseau : ubuesque, mais authentique.

Pour maintenir la richesse naturelle de cette région, nous prenons conscience de l’importance d’essayer d’empêcher la disparition de la faune et la flore dans notre secteur d’opération qui abrite plus de 400 espèces d’oiseaux et 154 types de mammifères. Là où nos plantations bordent des voies navigables, nous maintenons des zones tampon d’au moins 30 mètres. De plus, nous avons reconstitué plus de 10 % de nos terres pour créer des réserves de faune et flore, qui permettent aux animaux d’errer calmement dans nos plantations. (…)

En Colombie comme ailleurs, les planteurs de palme ont depuis toujours recherché la bénédiction d’ONGs de protection de la nature en leur proposant de laisser quelques arbres ici et là en échange d’une attestation de bienfaiteur de la nature. Le plus simple est encore de créer une association de toute pièce, une technique bien au point en Colombie et ce dans tous les domaines (cf. article)

Quant à la fibre naturaliste de Daabon, quand on connait leurs agissements sur l’hacienda de las Pavas, on est vite fixé. Pour vous donner une idée du site vous pouvez utiliser Google Earth et cherchez Isla Papayal. Toute la région aurait mérité d’être placée au minimum en parc national vu l’importance des zones humides dont les canaux sont visités par diverses espèces prestigieuses et en danger : le caïman, le lamantin (des Caraïbes), le petit dauphin gris, la loutre, etc. et pour une fois on laissera les oiseaux de côté.

Or qu’ont fait Daabon et consorts dans cette région que l’on dirait créée pour le bonheur des naturalistes ? Aux grands maux les grands remèdes, pas question de s’en remettre aux humeurs du grand (fleuve) Magdalena et des ses coéquipiers. D’abord on ferme les canaux pour isoler la région, ensuite on évacue les eaux, par exemple en direction de ce village de pouilleux qui persiste à réclamer cette terre, puis on empoisonne la terre et les eaux pour être sûr que rien d’autre que les palmiers n’y survivra. Alors bien sûr dès que ça a senti le roussi, Daabon s’est officiellement retiré du projet sur la pointe des pieds (cf. article). Officiellement. Pourquoi ? Nous allons y revenir.

Ajoutons à cette panoplie la gestion de la marina de luxe de Santa Marta, la participation au projet d’hôtel 5* dans le parc national voisin de Tayrona (un joyau à divers titres – le parc, pas l’hôtel), sans oublier ce projet de téléférique pour monter à Ciudad Perdida qui finira bien par voir le jour pour ne parler que des affaires en cours (d’autres articles vantent les exploits antérieurs de Daabon). Pas de doute, Daabon et la nature ça ne fait qu’un !

Notre objectif : atteindre le niveau « zéro déchets et niveau zéro carbone » d’ici 2012 : Le changement climatique étant devenu le plus gros des challenges…

Rien n’échappe à Daabon. Un nouveau label à inscrire à sa collection ? Pas de problème, on s’en occupe. C’est beau comme du Gore ou du Sarkozy à l’ONU, prêcher le contraire de ce que l’on fait pour mieux se remplir les poches, la recette est vieille comme le monde mais elle marche toujours, alors pourquoi s’en priver ?

Les agriculteurs du Nord de la Colombie ont subi beaucoup de privations et ont du faire face à de grands défis pour créer des conditions de vie meilleures pour eux-mêmes et leurs familles. Beaucoup ont quitté la région pour échapper à certains conflits et sauver leurs familles.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Daabon en parle en fin connaisseur !

Etc, etc. Alors pourquoi Daabon déploie autant d’énergie pour passer pour un bienfaiteur de l’humanité et de la planète ? C’est que cette vitrine bio assortie d’un zeste d’équitable n’est que l’arbre qui dissimule la grosse forêt des agrocarburants, le tout sur fond de négociation du TLC avec l’Europe dans lequel leur grand ami Uribé avait, il faut le reconnaître, fait un travail de lobbying admirable auprès de l’industrie automobile. Nous y reviendrons dans un autre article car cette dernière farce d’Uribé dont nous n’avons eu vent que ces derniers temps vaut largement le détour (Nous avons toujours soutenu qu’il y avait anguille sous roche et que cette anguille-là se nomme agrocarburant, mais de récentes révélations sur les coulisses du TLC pourraient bien nous donner raison au-delà de ce que nous imaginions.)

Pour cela il est vital de vaincre les réticences des pays occidentaux et à ce jour ce qu’on a inventé de mieux c’est un label ! (label = j’achète sans poser de questions) En l’occurrence il s’agit de la certification RSPO, montée avec la complicité du WWF et la bénédiction d’Oxfam International (cf. article). Cela fait maintenant des années que nos compères préparent le terrain, suant à grosses gouttes dans les couloirs des instances européennes et maintenir une image d’hybride entre l’abbé Pierre et Al Gore fait partie intégrante de cette stratégie. Sans compter que la manipulation d’un marché de niche comme le bio est un excellent exercice en préambule d’une manipulation à plus grande échelle. C’est depuis longtemps le savoir-faire que vend Daabon à ses collègues de la RSPO : ayez confiance en nous (cf. article), nous avons une longue expérience dans ce domaine. Et objectivement, c’est vrai.

Passons sur Ecodis et son offre « écologique », désormais nous savons à quoi nous en tenir, ça a au moins le mérite d’être clair.

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