Publié par : avenuecolombie | 21 octobre 2011

Daabon, Tayrona et les Kogis

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas évoqué Daabon, ces grands amis de Biocoop qui ont la bonté de nous fournir en huile de palme bio.

Une affaire à 7 *

Ce qui suit est un résumé d’un article publié sur le site « La Silla Vacia » à l’occasion de la dernière blague du Président Santos : soutenir la construction d’un hôtel 7 * dans le magnifique parc national Tayrona, près de Santa Marta (pour une introduction à la Colombie, voir les rubriques Peuples, Géographie, Nature et Tourisme sur notre site). Et devinez qui est derrière tout ça ? Eh oui, la clique de Daabon, encore et toujours Daabon. Normal, comme le dit l’un d’entre eux, après tout cette région (toute la région du Magdalena dont la capitale Santa Marta) leur revient de droit, comprenez de droit colonial ! Ceux d’entre vous qui lisent l’espagnol peuvent aller directement à la source ; l’article est très bien documenté avec de nombreuses références, c’est du bon travail d’investigation.

Pour la petite histoire, à l’occasion de son investiture, Santos s’est fendu d’une visite à la Sierra Nevada de Santa Marta où il s’est engagé devant les quatre peuples indigènes de la région à être un gardien de la nature (cf. photo). Aujourd’hui, alors qu’il vient d’annoncer son appui à un projet de construction d’un hôtel de luxe dans le nord du PN Tayrona, ce à quoi s’opposent les autorités traditionnelles de ces quatre peuples, sa visite apparaît comme une sinistre farce.

Pour éviter de connaître le même sort que d’autres entreprises qui ont dû abandonner leurs projets suite à des consultations des peuples indigènes, le gouvernement a trouvé la solution : il n’y a aucune communauté indigène dans le parc national donc pas de problème (et pour cause, seule une présence symbolique est tolérée à Pueblito, ce superbe village perché auquel on accède depuis la côte par un chemin qui se fond dans la nature). Pourtant 2 mois plus tôt, une émissaire du gouvernement avait présenté ses excuses aux quatre peuples pour les avoir oubliés dans une affaire similaire. Or la zone de construction prévue est située à l’intérieur du périmètre reconnu en 1973 et confirmé en 1995 comme territoire des quatre peuples de la Sierra Nevada de Santa Marta et rien ne peut y être entrepris sans consultation des autorités traditionnelles.

Les acteurs

L’entreprise présentant le projet s’appelle Promotora Arrecifes est la propriété de membres du groupe Daabon. La famille Davila et autres Diaz-Granados sont bien connus pour être au coeur du scandale de détournement de fonds publics AIS et n’en sont pas à leur premier coup contre les indigènes de la région. Daabon, par exemple, a utilisé le nom et l’image des Kogis pour vendre du café (bio et équitable cela va de soi) dans le mode entier sans leur consentement alors qu’ils n’en sont d’ailleurs pas les producteurs. Nous n’allons pas revenir sur les autres exploits de Daabon liés à l’huile de palme (marée rouge à plusieurs reprises, déforestation, détournement de rivière, construction d’une marina de luxe en baie de Santa Marta, etc.) nous en avons déjà longuement parlé. Nous ne reviendrons pas non plus sur l’affaire de las Pavas abondamment discutée dans des articles précédents.

Les relations entre Daabon et Santos

On connaissait les relations étroites qui unissent le clan Davila à Uribe, le président précédent. Avec Santos, le nouveau président, d’un style très différent d’Uribe (la différence s’arrête là), les relations sont moins voyantes mais tout aussi efficaces.

Le ministre du commerce et du tourisme, Sergio Diaz-Granados, nommé par Santos fut avant cela à la tête d’une agence gouvernementale de tourisme, est le frère d’Ignacio Diaz-Granados, membre du groupe Daabon et partie prenante de ce projet d’hôtel. Santos eut pour compagnon à l’armée un certain Sergio Espinosa Posada marié à Rosa Paulina Davila Abondano, fille du patriarche du groupe Daabon. Un des frères de celle-ci, Alfonso, est le vice-président agroindustriel de Daabon tandis que le président est un autre frère, Manuel Julian, celui qui s’était passionné pour l’huile de palme bio (dixit un certain Diego Garcia, gérant de Brochenin, importateur de son état ; cf. consom’action N° 36) et qui depuis s’est passionné pour les yachts (à la tête de la marina de luxe de Santa Marta). Ensuite il faudrait énumérer les financements de divers candidats aux élections locales ou régionales, parfois de la famille comme l’actuel maire de Santa Marta, le gouverneur, etc. Il y a une dizaine d’années nous avions déjà été intrigués par une certaine fondation Prosierra créée par l’actuel ambassadeur de Colombie en Allemagne ; nous ne sommes donc pas étonnés d’y retrouver un bon nombre de membres du groupe Daabon, en particulier ceux concernés par ce projet d’hôtel.

Enfin il ne faut pas compter sur la directrice des Parcs Nationaux, épouse du ministre de la justice ! Pas d’avantage sur la Haute Conseillère à l’Environnement, fille de Jean-Claude Bessudo (oui, un français qui a « réussi »…) propriétaire de la compagnie Aviatur et déjà concessionnaire du complexe hôtelier actuel du parc Tayrona et mis en cause pour alliance avec les paramilitaires locaux à propos de l’obtention de cette concession.

Bref, on voit que la tribu Daabon se remet très vite de son retrait du projet de las Pavas. A cela il faudrait ajouter un projet de téléphérique pour aller rapidement à Ciudad Perdida, le Machu Pichu colombien. Gageons qu’il refera bientôt surface avec la complicité de tout ce petit monde, grand ami de la nature et des peuples indigènes.

Et pendant ce temps là il y en a qui ressassent leurs arguments pour justifier leur utilisation de l’huile de palme bio produite par ces mafieux si sympathiques. Ces braves gens produisent également du café donc mais aussi des bananes, beaucoup de bananes, ainsi que d’autres fruits dits exotiques, du cacao, etc. d’excellents produits que l’on peut retrouver sous diverses étiquettes y compris avec la mention « issu du commerce équitable » en plus du « bio ». La seule solution pour ne pas cautionner cette sinistre farce est d’être très vigilant lors de vos achats.

En attendant mieux voici une première pétition.

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