Publié par : avenuecolombie | 17 août 2011

Biocoop et la presse

Pas content Biocoop, pas content du tout de ce N° spécial de Politis de mai-juin 2011 qui pourtant, pour calmer son courroux, se terminait par un article à sa gloire. Cet article probablement écrit en toute hâte pour ne pas se mettre à dos un bon distributeur nous apprenait en effet que malgré toutes les difficultés rencontrées, blablabla, Biocoop est bien « le réseau le plus éthique ». Ouf, pas si mal, non ? Oui, mais insuffisant suite à la publication dans le même N° d’un article dérangeant de Ph. Baqué qui a récidivé peu de temps après dans Biocontact, une revue distribuée gratuitement dans pratiquement tous les magasins bio. Alors forcément les clients posent des questions un peu partout, qui croire ? Et à Biocoop comme ailleurs, le personnel est plutôt gêné aux entournures pour y répondre et du coup finit lui aussi par se poser des questions ; et si on nous racontait des salades depuis le début ? Malaise. D’où une mise au point dans la gazette interne (Biocoop infos de mai/juin 2011, N° 138).

 Quelques perles :

  • « Le sens de la nuance imposerait que le lien avec les paramilitaires et les narcotrafiquants soit un peu mesuré. ». Il est vrai que depuis un an la presse colombienne s’en est tellement donné à coeur joie contre Daabon que l’on croule sous les informations. Même le petit dernier de la famille, ministre du gouvernement Santos, est mis en cause.

  • « Certes la guerre que livre l’Etat colombien aux narcotrafiquants amène des exactions de tous bords. De là à penser que Daabon spolie les petits propriétaires terriens de leurs biens avec l’aide des paramilitaires outrepasse la bonne foi ». Ces paysans de las Pavas qui ont récupéré leurs terres illégalement accaparées par Daabon pour alimenter leur usine de biodiésel, tous des terroristes à la solde des Farcs on vous dit !

  • « Paradoxe de l’injustice puisque Biocoop a dépêché sur place un technicien en la personne de Serge Le Heurte. Tous les témoignages convergent dans le même sens, Daabon limite autant que faire se peut les dégâts que tout système capitaliste engendre. ». De deux choses l’une, ou la direction de Biocoop vit sur une autre planète ou elle prend ses travailleurs pour des neuneus. A eux d’apprécier.

  • « Quel autre distributeur a fait l’effort d’aller sur le terrain pour vérifier la faisabilité morale de son commerce ? » Ainsi donc, c’est dit : le commerce avec Daabon est moralement faisable ! Exit les condamnations pour pollution, les inculpations pour détournement de fonds, la spoliation des terres de las Pavas, etc. Pour Biocoop, tout cela est parfaitement moral. Au moins on est fixé !

  • « …l’huile de palme est sur un plan technique difficilement remplaçable dans bon nombre de produits transformés ». Ah bon, alors pourquoi la plupart des transformateurs proposent désormais des versions « sans huile de palme » de leurs produits ? Comment la plupart des – petits – savonniers de Nature et Progrès ont réussi à s’en débarrasser en moins de 6 mois ? Et quand bien même ce serait le cas en quoi cela justifierait le commerce avec de telles entreprises mafieuses ?

  • « Aujourd’hui aucune solution satisfaisante n’existe, il nous faut donc l’inventer. Demain, l’huile de palme sera, nous l’espérons, paysanne et peut-être équitable, cela reste à construire ». Donc en attendant, comme on en a grand besoin pour faire des affaires on ferme les yeux, c’est pas bien, on sait, mais que faire d’autre ?

  • « D’ici là, Philippe Baqué aura sorti son livre, c’est peut-être là que se trouve la véritable cause défendue par son article. ». Ainsi ce Baqué serait donc un de ces journalistes qui usent de la polémique pour mieux vendre leur production, vous voyez le genre ? Limite terroriste intellectuel.

 Ce que nous apprécions chez Biocoop, c’est une certaine fraîcheur dans leur cynisme.

Le jour où Daabon a tremblé : on voit ici le terrible limier de Biocoop en pleine action de terrain. Saisissant ! (d'après consom'action n° 56, p. 24)

Nous ne rentrerons pas dans les détails sans importance, cela fait à peu près un an que nous avons prédit que pour avoir refusé la perche que nous leur avons tendu dès l’automne 2009 afin de sortir dignement de cette situation grotesque, Biocoop n’aurait d’autre alternative que de s’enfoncer de plus en plus dans le déni de la réalité et serait le dernier défenseur, s’il en est, du producteur colombien Daabon, quoi qu’il puisse se passer en Colombie. Le mécanisme est plutôt tordu mais il est aussi simple que navrant.

Pendant ce temps là, en Colombie, Daabon et ses proches  (dont les familles Davila Fernandez de Soto et Davila Jimeno cf caracol ) n’en finissent plus  d’alimentar l’actualité au rayon corruption, tout comme leur protecteur Uribé, dont les proches sont mis en cause pour corruption les uns après les autres au point que nous avons du mal à suivre qui est inculpé et qui n’y est pas encore. Au-delà du malaise interne que cette réaction révèle, ce sont les méthodes utilisées qui sont inquiétantes. Il faut dire qu’il y a un an Biocoop misait sur le fait que les médias se désintéresseraient rapidement du sujet. Alors le journaliste d’investigation trouble-fête devient le grain de sable à éliminer, avec les mêmes ficelles que celles utilisées par les grandes multinationales pour museler toute critique.

 Nous suggérons à Biocoop de prendre contact avec un certain Jacques Thomet, grand spécialiste de la Colombie dont le blog s’intitule modestement « un journalisme d’investigation » (http://www.jacquesthomet.com). Il faut dire que le gaillard fut directeur de l’AFP pour l’Amérique Latine et lorsqu’on lit sa production (articles, livres, etc.) on comprend mieux le niveau de compréhension de la presse française de tout ce qui peut se passer sur ce continent. Pour ce monsieur, la vérité c’est comme les météorites, ça tombe du ciel, il suffit d’être bien informé du point d’impact. Alors ne cherchez pas la moindre référence à une étude quelconque pour étayer ses dires, lui seul sait décoder la vérité. Son truc à lui : être au bon cocktail au bon moment. Mais au fait nous avons négligé de vous dire l’essentiel : ce monsieur a une idole, Uribé ! Authentique. Et tous ceux qui ne sont pas de son avis sont à la solde des Farcs, à commencer par la cour suprême de justice de Colombie. Tiens, et Isabelle Durant (vice-présidente du parlement européen) aussi ? (cf. elespectador) Probablement, ce qui expliquerait et justifierait les écoutes téléphoniques de députés européens par les services secrets colombiens, ce qu’Uribé ne pouvait ignorer, et pour cause ! Quant à son blog, on y relève des articles qui dans une démocratie normale lui vaudrait une inculpation pour incitation à la haine et mise en danger de la vie d’autrui et ce d’autant plus que certains sont relayés en Colombie avec toutes les conséquences possibles que l’on peut deviner dans un pays où la vie des défenseurs des droits de l’homme n’est pas vraiment une sinécure.

 Difficile de dire qui de Biocoop ou de Thomet est le plus lamentable et le plus indécent. Ce qui est sûr, c’est que l’un comme l’autre sont dans une impasse sans ticket de retour.

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