Publié par : avenuecolombie | 4 mai 2011

La situation de la presse en Colombie : le point par RSF (mai 2011)

Nous rapportons ici le point de vue de RSF (Reporters sans Frontières) sur la situation de la presse en Colombie (N° 145 au classement de 178 pays). Outre une fiche globale datée de la fin de règne d’Uribe en août dernier, vous y trouvrez plusieurs articles récents qui montrent bien que le paramilitarisme est loin d’être terminé. Ces rapports strictement factuels corroborent parfaitement nos propres analyses. On peut même parler de recrudescence du paramilitarisme, qui va de pair avec un regain d’agressivité des activistes économiques que sont les grandes transnationales ayant obtenues des concessions sans précédent de la part d’Uribe peu avant son départ, au coeur de ce que l’on appelle les « méga-projets » (sous-entendu de destruction massive) qu’ils soient miniers, agricoles, etc.

La Colombie

Le nombre d’assassinats de journalistes, traditionnellement élevé dans un pays en guerre depuis près d’un demi-siècle, a effectivement diminué depuis l’accession à la présidence d’Alvaro Uribe en 2002. Le pays compte cependant trois journalistes tués en 2009 et deux autres depuis le début de l’année 2010. Habitué a dénoncer les connexions entre les autorités du département de Córdoba et les groupes paramilitaires, Clodomiro Castilla Ospina, directeur du magazine El Pulso del Tiempo et journaliste de la radio La Voz de Montería, a été abattu le 19 mars 2010 à Montería, la capitale du département de Córdoba. Le 11 avril 2010, le corps de Mauricio Medina Moreno, directeur de la radio communautaire indigène CRIT 98.0 FM Estéreo, a été découvert lardé de vingt-cinq coups de couteau à Ortega, dans le département de Tolima. Les autorités ont avancé presque immédiatement un “mobile passionnel”, en excluant la piste d’un groupe armé en activité dans cette région.

Ces assassinats surviennent dans un contexte marqué par de nouvelles affaires de « parapolitique », qui témoignent de l’ampleur de l’infiltration du paramilitarisme au sein de la classe dirigeante. Bien que le gouvernement annonce le « succès » de son modèle de protection de la presse, les journalistes agressés signalent qu’il n’y a pas d’avancée et que, paradoxalement, le gouvernement est l’un de ces principaux agresseurs. Le 22 février 2010, le parquet général de la nation a directement mis en cause quatre anciens hauts responsables des services de renseignements et le secrétaire général de la présidence de la République, Bernardo Moreno, dans le scandale des écoutes sauvages (“Chuzadas”) contre des personnalités réputées critiques envers le gouvernement. “Du DAS (Département administratif de sécurité) sortaient des tracts et des pamphlets visant des journalistes, des syndicalistes et des ONG”, a déclaré l’ancien chef du contre-espionnage, Jorge Lagos, lors du procès de l’ex-directeur du DAS, Jorge Noguera, poursuivi pour “homicide” et “liens avec les paramilitaires”. Les journalistes Hollman Morris et Claudia Julieta Duque figurent parmi les victimes du Groupe d’Intelligence Stratégique 3 (G-3) du DAS, à travers des pratiques d’espionnage, des menaces et des tentatives de discrédit.

Par ailleurs, le président tolère mal la critique et le fait savoir à la presse. N’hésitant pas à fustiger, parfois publiquement, comme « complices du terrorisme » ou « à la solde des FARC » (Forces armées révolutionnaires de Colombie) des journalistes qui n’ont pas ses faveurs, le chef de l’État ne craint visiblement pas de mettre leur vie en danger. À chaque colère présidentielle dirigée contre eux, des professionnels des médias réputés comme Daniel Coronell, directeur de l’information de la chaîne publique Canal Uno ou encore Carlos Lozano, directeur de l’hebdomadaire communiste Voz, ont reçu des menaces de mort de groupes paramilitaires. Officiellement démobilisés entre 2003 et 2006, les 30 000 membres des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), auteurs d’innombrables violations des droits de l’homme, n’ont pas tous rendu les armes. On estime même que 5 000 à 8 000 d’entre eux ont reconstitué une vingtaine de groupes présents dans douze départements. Les plus connus, les « Aigles noirs », ont à plusieurs reprises mené des campagnes d’intimidation contre la presse, surtout locale, obligeant des journalistes à fuir leur région, voire le pays. D’autre part, les FARC constituent encore un danger pour certains journalistes. Le 8 octobre 2009, Herbin Hoyos Medina, présentateur du très populaire programme « Las Voces del Secuestro » pour la station Caracol Radio, qui donne la parole aux familles des otages de la guérilla, a échappé de justesse à un attentat attribué à la guérilla. Il a dû quitter son pays sous la menace et a trouvé refuge en Espagne. En province, la presse locale demeure exposée aux représailles des narcotrafiquants et des foyers résiduels de guérilla.

Fiche réactualisée en août 2010

Onze journalistes et autant de radios indigènes visés par les paramilitaires : “La vice-présidence doit recevoir d’urgence les victimes”

Depuis la fin du mois de février, trois tracts attribués à plusieurs groupes paramilitaires (“Aigles Noirs”, “Rastrojos” et Autodéfenses unies de Colombie-AUC) circulent à Popayán et dans la région du Cauca (Sud-Ouest), désignant comme “objectifs militaires permanents” des organisations paysannes, syndicales et indigènes ainsi que leurs médias affiliés. Le dernier tract, daté du mois de mars, porte la signature du bloc central des AUC et liste onze journalistes. Figurent également parmi les cibles les onze radios communautaires membres du Conseil régional indigène du Cauca (CRIC), auquel des représentants de l’Association mondiale des radios communautaires (AMARC) et de Reporters sans frontières avaient rendu visite en mai 2010.

“Nous ne sommes pas tous morts, ni incarcérés ni extradés”, est-il écrit sur l’un des tracts qui promet des “actions militaires offensives et répressives” contre les personnes et organisations mentionnées. Yamir Adolfo Conejo, responsable de communication du CRIC et lui-même concerné par les menaces, a confié à Reporters sans frontières que les associations du CRIC espéraient rencontrer prochainement à leur demande le vice-président, Angelino Garzón, mais n’avaient toujours pas reçu de réponse de celui-ci.

“Le plus haut sommet de l’État doit répondre à la demande des victimes dans cette situation d’extrême urgence. Les campagnes d’intimidations et de terreur suivent actuellement un rythme effréné, en particulier contre des journalistes et des médias, communautaires ou nationaux. Nous demandons publiquement au vice-président Angelino Garzón d’accéder au rendez-vous sollicité par le CRIC et d’engager les mesures de protection appropriées. Il en va de la sécurité des populations du Cauca, territoire au cœur du conflit armé qui n’a pas fini de miner le pays. Ces nouvelles menaces confirment hélas !, les déclarations que nous avaient faites les représentants des différentes communautés indigènes, soulignant une expansion nouvelle du paramilitarisme dans la région et ses redoutables conséquences. La réaction des autorités tarde face à ce danger. Cette situation signe l’échec du prétendu processus de démobilisation des paramilitaires opérés entre 2003 et 2006”, a déclaré Reporters sans Frontières

Depuis le début de l’année 2011, d’après le CRIC, dix-huit personnes issues des mêmes communautés ont été assassinées dans le Cauca, dont trois en tant que “faux positifs” dans des actions attribuées aux paramilitaires et parfois à l’armée.

Le dernier tract – dont Reporters sans frontières a reçu copie mentionne les noms de journalistes locaux mais aussi extérieurs, qui avaient relayé l’appel à l’aide du CRIC : il s’agit de Silvio Sierra, Fredy Calvache, Antonio Palechor , Ricardo Mottato, Eli Alegría, Gustavo Molina, Carlos Pito, Gustavo Alzate, José Fernando Conejo, Carlos Andrés Gómez et Dario Patiño.

« Aigles noirs », groupe paramilitaire

Milices d’extrême droite destinées à suppléer l’armée dans sa lutte contre les guérillas d’extrême gauche, les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) sont loin d’avoir rendu les armes. De 2003 à 2006, un vaste plan de désengagement des paramilitaires s’est officiellement soldé par la démobilisation de 30 000 combattants des AUC en échange d’une large impunité. En majorité, les intéressés se sont reconvertis dans le meurtre sous contrat et le narcotrafic, mais 5 000 à 8 000 d’entre eux auraient repris leurs activités paramilitaires au sein d’une vingtaine de groupes présents dans douze départements.

Parmi les plus redoutés, les « Aigles noirs » continuent de semer la terreur, poussant les journalistes à l’autocensure ou à l’exil quand ils ne recourent pas à l’assassinat. A la fin de l’année 2006, ce commando a multiplié les intimidations et les violences contre la presse de la côte caraïbe. La menace s’est depuis étendue à nouveau à tout le pays et concerne de près des journalistes connus pour leurs critiques envers la politique dite de « sécurité démocratique » engagée depuis la présidence d’Alvaro Uribe (2002-2010), et toujours en vigueur


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