Publié par : avenuecolombie | 11 avril 2011

Las Pavas : un retour à hauts risques

Vu le nombre de cadavres laissés dans les placards par l’administration Uribe après 8 ans aux commandes de la Colombie, le gouvernement Santos a commencé  par la jouer « vous allez voir ce que vous allez voir », un peu à la manière d’un certain Sarkozy qui doit continuer d’inspirer les présidents colombiens semble-t-il ; après tout, on ne peut pas être impopulaire partout.  Mais depuis le début de l’année, ce même gouvernement enlève son masque, doucement mais sûrement, car les discours rassurants « ça commence à bien faire », il est temps de passer à la caisse. Car bien entendu, pas plus qu’Uribe, Santos n’a pas été élu grâce à l’appui financier et moral des organisations de défenses des droits de l’homme.

Dans ce contexte, chaque jour qui passe est un point de marqué par Daabon contre la communauté paysanne de Las Pavas qui aspire à retourner vivre sur ses terres après 3 ans de déplacement forcé et rien à manger. Bien entendu les planteurs de palmier ne l’entendent pas de cette oreille, et eux, ont les moyens de se rappeler au bon souvenir du président Santos qui en remerciement, dès son accession au pouvoir, a donné un ministre à Daabon ainsi qu’un poste important (pro-export) au voisin et unique autre palmiste de la région, le clan Lacouture  ; ainsi pas de jaloux, ou pas trop.

Donc rendre la terre aux paysans spoliés, d’accord, mais pas toutes les terres et pas pour y faire n’importe quoi. Eh oui, il ne s’agit pas tout de même pas de changer de société ! Donc Las Pavas pose un énorme problème au gouvernement colombien qui doit ménager la chèvre et le chou. Après l’avoir annoncé depuis des mois, les paysans de Las pavas ont décidé de passer à l’acte : le retour. Un acte longuement réfléchi et certainement nécessaire mais à hauts risques, d’où la nécessité de les accompagner au moins moralement et de continuer à dénoncer ceux qui comme Biocoop, que ce soit en France ou ailleurs, s’évertuent à justifier leurs relations avec Daabon, tout ça pour ne pas contrecarrer leur petite croissance déjà bien mal en point. Face à ces deux visions du monde aucun compromis n’est possible. Qu’on se le dise.

Nous reproduisons ci-dessous le dernier communiqué en provenance de Las Pavas, traduit cette fois par Stephan Suhner, de l’ONG ASK. Une video en espagnol est disponible sur le site blip.tv.

123 familles retournent sur leurs terres

 

Nous avons pensé revenir dès qu’ils nous ont expulsé”

Aujourd’hui, lundi 4 avril, à 7h30, plus de 70 personnes adultes sont retournées sur le terrain “Las Pavas” (El Peñón, Sur de Bolívar) d’où ils avaient été évacués en juin 2009 après plusieurs retours et déplacements forcés (1996, 2003 et 2009). Ces personnes demandent à l’Etat colombien de ne pas considérer cette action comme un délit mais comme l’exercice du droit fondamental du retour et aussi de protéger le projet de vie construit par les habitants dans la région du Sur de Bolivar. Un projet de vie qui “respecte l’environnement, notre économie paysanne, ainsi que la souveraineté alimentaire que nous voulons transmettre aux générations à venir.” L’action de retour à Las Pavas est impulsée par un groupe de la communauté, auquel se joindra, ces prochains jours, le reste de la communauté, soit 100 familles, ainsi que différentes organisations nationales et internationales.

Un communiqué public explique les arguments et revendications de la communauté : http://retornoalaspavas.wordpress.com/2011/04/04/4-abril-2011-comunicado-publico-asocab-de-retorno-a-las-pavas/

Exigences à l’Etat colombien dans le but de garantir le retour de notre communauté déplacée sur les terres dont elle a été expulsée.

L’association des paysans de Buenos Aires (ASOCAB)

Considérant

  1. Que nous somme victimes de déplacement forcé, de spoliation de terres et d’atteinte à nos droits de la part du paramilitarisme, du narcotrafic, des entreprises agroindustrielles de palme à huile et de l’Etat colombien au travers des actions irrégulières ou illégales de fonctionnaires de l’INCODER (Institut colombien pour le développement rural), de l’inspecteur de Police de la municipalité El Peñon et du juge de Mompox.
  2. Que le Ministère public a omis son devoir d’enquête sur les irrégularités commises par des fonctionnaires publics à notre encontre.
  3. Que le ministre de l’agriculture bien qu’ayant inclus notre communauté dans ce qui s’appelle le « Plan de choc » pour la restitution de terres, n’a toujours pas présenté une proposition à la communauté pour restituer la terre dont nous avons été spolié. Ses fonctionnaires André Bernal et Jennifer Mojica agissent comme porte-paroles de FEDEPALMA (Fédération nationale des cultivateurs de palme à huile) et tentent de favoriser les entreprises palmifères au dépend de nos droits fondamentaux.
  4. Que malgré le précédent, ces fonctionnaires ont expressément et publiquement reconnu – nous avons des enregistrements vidéo et audio – que l’Etat colombien a commis des erreurs dans notre cas et que nous avons pleinement le droit d’exercer notre droit fondamental au retour.
  5. Que depuis plus de trois ans nous traversons une forte crise alimentaire, rendue encore plus extrême par la dernière vague hivernale et cela, sans aucune intervention de l’Etat colombien pour atténuer ou résoudre le problème alimentaire.
  6. Que malgré le fait d’avoir été inclus, depuis septembre 2009, dans le « Registre unique de la population déplacée », notre communauté n’a été bénéficiaire d’aucun des programmes de « Accion Social » (agence présidentielle pour l’action sociale et la coopération internationale) en faveur des populations déplacées.
  7. Que la loi 387 de 1997 et ses décrets réglementaires établissent le retour de la population déplacée sur les terres spoliées comme une des principales options pour la stabilisation économique.
  8. Que l’évolution des jurisprudences de la Cour constitutionnelle a élevé au niveau de Droit fondamental le retour de la population déplacée sur les terres dont elle a été spoliée. La sentence T-025 de 2004, entre autres, a établi que le retour n’est pas suffisant pour la stabilité économique de la population déplacée et que cela doit être accompagné d’une série de programmes et d’investissements sociaux, de nouvelles infrastructures, ainsi que d’un accompagnement institutionnel, de garanties de sécurité et de la possibilité de rester sur les terres.
  9. Que certains des terrains dont nous avons été expulsés, dont entre autre Las Pavas, ont été inclus dans le Registre unique des terres et territoires abandonnés (RUPTA), ce qui rend plus probant encore notre droit d’y retourner, et élève ce droit au-dessus des droits que croient tenir les tiers intéressés par ces terres.
  10. Que des membres de la police nationale offrent une protection particulière et semblent au service des entreprises C.I. Tequendama et Aportes San Isidro. On suppose que ces personnes en uniforme seraient en train de préparer une action de force à l’encontre de notre communauté, à la demande des entreprises palmifères, ceci contrairement à la réponse donnée par le général Naranjo concernant la protection de la communauté de ASOCAB à l’occasion de son retour.

Avons pris la suivante décision :

Exercer volontairement et de manière autonome notre droit fondamental au retour sur les terres de l’Hacienda Las Pavas desquelles nous avons été déplacés plusieurs fois et desquelles on a cherché à nous spolié.

Dans le cadre de ce qui a été expliqué, nous nous adressons aux différentes institutions de l’Etat colombien avec un grand respect afin qu’elles exercent les fonctions de protection des citoyens et qu’elles veillent à l’accomplissement de la constitution et de la loi. Qu’elles apportent une protection particulière à la population vulnérable, qu’elles fassent prévaloir l’intérêt général sur le particulier, qu’elles garantissent le principe de dignité humaine et notre rétablissement socioéconomique. (…)

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