Publié par : avenuecolombie | 13 novembre 2010

Pan sur le bec !

Suite du Grand Prix de l’Autruche pour Biocoop

Trois évènements tout à fait remarquables viennent de se dérouler en Colombie.

– Acte 1

Le 28 octobre Daabon annonce son intention de se retirer du domaine de las Pavas. Nous et tous les autres comploteurs, pour reprendre des noms d’oiseaux chers à Biocoop, avons quelques raisons de nous réjouir, avant tout pour la communauté paysanne de las Pavas mais connaissant la Colombie nous attendrons prudemment le temps qu’il faudra. Sans compter que plier bagage ne veut pas dire remettre en état initial. Détruire coute certainement cher mais remettre en état un écosystème bousillé à ce point (cf. rapport en espagnol : Informe-Pavas) coute encore plus cher et certaines transformations sont pour ainsi dire irréversibles. Il est probable que seule l’aide internationale permettra de récupérer les principales fonctions écologiques de cette zone, de la dépolluer et de remettre en route une utilisation soutenable de ces terres susceptibles de  subvenir aux besoins de la communauté de paysans qui en a été délogée à plusieurs reprises.

– Acte 2

Une dizaine de jours après, le 8 novembre, paraît un article surréaliste dans le journal El Tiempo (en partie propriété de l’actuelle famille présidentielle), article émanant du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural. Voici la traduction de cet article.

El Tiempo, 8 novembre 2010

« Les voix de la caverne »

Comme il fallait s’y attendre, des voix s’élèvent depuis les profondeurs des cavernes, comme celles qui sont apparues récemment dans les pages d’opinion de ce journal, pour dire que la Loi de « Restitution des Terres » que le Gouvernement a proposé est une invitation à la guerre civile.

Ces voix préfèreraient que le pays laisse les choses comment elles sont, que les déplacés de leurs terres continuent de vivre de l’aide de l’État (Action Sociale) et de la vente aux feux de signalisation pour ne pas déclencher une nouvelle guerre civile imaginaire. Une guerre qu’ils annoncent d’avance comme une menace pour affaiblir la volonté du Gouvernement de défendre les victimes de la spoliation organisée par les seigneurs de la guerre qui sont devenus aussi les seigneurs de la terre.

« Parmi nous, certains tuaient, d’autres achetaient et les autres légalisaient », a déclaré l’un des lieutenants des paramilitaires devant le Ministère public, une phrase qui résume bien, même si c’est de manière très crue, ce qui est arrivé au pays.

Le Gouvernement ne va pas laisser les choses comme elles sont, précisément parce qu’il veut réparer l’injustice pour consolider la sécurité et pour donner un fondement équitable à la prospérité. La situation réelle est exactement tout le contraire de ce qui disent les bergers menteurs qui crient au loup à propos de la restitution des terres spoliées. Parce qu’un grand programme de clarification des droits légitimes de la propriété est la meilleure défense de ces droits, à condition qu’il soit pour tous, y compris les plus humbles qui vivaient de la sueur du travail de leur sillon. C’est pourquoi le gouvernement, en plus de leur restituer leurs parcelles va régulariser massivement les droits des petits agriculteurs qui nourrissent la Colombie, pour ainsi éviter la répétition de la spoliation.

Les vrais avertissements que doivent entendre les propriétaires de terre sont, par exemple, les annonces comme celle qu’a récemment faite une multinationale des cosmétiques sur l’annulation du contrat d’achat d’huile de palme à un entrepreneur, parce que celui-ci avait installé ses cultures sur des terres arrachées aux paysans par d’autres en utilisant la violence. (*)

Si les propriétaires de grandes étendues dans des zones de déplacement veulent échapper aux soupçons et aux stigmates de l’occupation de terres usurpées, la meilleure alternative devrait être d’appuyer avec enthousiasme l’intention du Gouvernement d’organiser la propriété, pour rendre celle qui appartient aux victimes et légitimer encore plus celle acquise selon la loi. Celui qui ne doit rien n’a rien à craindre. Le projet de Loi de Restitution de Terres est respectueux, au plus haut degré, de l’État de droit et des détenteurs de bonne foi. Ceux qui doivent réellement avoir peur, ce sont les spoliateurs et leurs prête-noms.

Le Gouvernement n’ignore pas le risque que peuvent constituer des opportunistes qui chercheraient à réclamer, comme étant les leurs, des terres d’autrui en alléguant avoir été spolié. C’est pourquoi, la Loi des Victimes, qui inclut la restitution, comprend la création d’un registre détaillé de propriétés spoliées, lequel se nourrira d’informations rigoureuses sur les actions de violence, les déplacements et l’abandon des terres dans chaque commune.

La loi sera complétée par l’étude sur le terrain, champ par champ, pour identifier ceux qui ont abandonné leurs terres aux mains de tierces personnes ou ceux qui ont été contraints par la force de vendre à bas prix. Pour une plus grande sûreté juridique, la Loi considérera comme délit le fait de fausser une information avec l’intention de réclamer les terres d’autrui avec des peines allant de 7 à 13 ans. Ceux qui menacent d’une guerre civile parce que le gouvernement veut rendre les terres rendent un maigre service au pays. Avec cette loi le gouvernement veut enlever l’apparente légalité dont se sont couverts les propriétaires illégitimes qui ont spolié beaucoup de colombiens.

Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural

source http://m.eltiempo.com/opinion/columnistas/otroscolumnistas/voces-de-la-caverna/8297586/1/home

(*) il s’agit bien sûr de Body Shop International et de Daabon

Là non plus nous ne sommes pas naïfs au point de sauter de joie, nous jugerons sur pièce. En attendant ne boudons pas notre plaisir de ce désaveu inespéré de Daabon au plus haut niveau de l’état, une fois n’est pas coutume.

Cela dit, maintenant on comprend mieux l’empressement de Daabon à annoncer son retrait quelques jours avant la parution de cet article. C’est la réponse typique du voleur à la tire, qui, pris sur le fait, dit « tenez Madame vous avez laissé tomber votre sac à main ! ». Fondamentalement tout cela ne change rien à la nature des faits reprochés à Daabon tels que détaillés par exemple ici.

– Acte 3

Le 13 novembre la revue Semana publie un article qui vient compléter celui d’El Tiempo à propos du rôle de l’INCODER que nous avons évoqué à diverses reprises :

L’État a pris des terres des paysans pour les donner aux narcos.

Quand Juan Manuel Ospina (le directeur actuel) est arrivé à l’Incoder, il n’en croyait pas ses yeux : non seulement on n’avait pas rendu les terres aux paysans dépossédés, mais pire encore, l’État avait donné les terres des déplacés aux prêtes-noms des narcotrafiquants. Un premier survol du problème (rapport) fait état de 184 cas dans tout le pays.

Le ministre de l’agriculture, Juan Camilo Restrepo, a expliqué que des personnes “très proches du paramilitarisme” ont infiltré l’Incoder et, après le déplacement des paysans, ces parcelles ont été données à autrui, qui ne sont que prêtes-noms de groupes de délinquants qui ont semé la peur et ont expulsé les paysans de leurs terres par la terreur.

Eduardo Pizarro, président de la Commission de Réparation et de Réconciliation des victimes, a noté : “Cela est arrivé dans presque tout le pays, les paysans laissaient leurs terres et ainsi en perdaient la propriété. Alors, des fonctionnaires de l’Incoder les adjugeaient parfois aux amis de groupes armés illégaux ou aux élites politiques régionales. ».

Pour réparer ces dommages, le ministre de l’agriculture, M Restrepo, dans une décision sans précédent, a annoncé qu’avant avril le gouvernement remettra 300 000 hectares à 130 000 familles par la restitution directe – c’est-à-dire qu’il annulera des décisions illégitimes – ou par attribution – en rendant des terrains en friche.

source: http://www.semana.com/noticias-nacion/relajo/147265.aspx

No comments.

A la bande d’ostrogots qui nous a confondu avec un vol de bécasses (partie privée du communiqué de Biocoop mentionné ici et rendue publique depuis la publication de cet article)  nous disons simplement :

Pan sur le bec !

Chacun pourra maintenant prendre le temps de relire tranquillement tout ce que nous avons écrit sur ce sujet depuis 6 mois et essayer d’y trouver une trace d’information erronée.

Pauvre Bioccop qui se voyait déjà sauvant la mise à Daabon tout en garantissant « prospérité, développement et bien-être » aux paysans comme le revendique Daabon, peut-être sous forme d’une de ces coopératives de production dont les planteurs de palme ont  le secret ? Pas de chance, les rats quittent le navire. Que faire ? S’en attribuer le mérite ? Hum, pas facile avec cet article du ministre… Miercoles ! Bisque, bisque et rage !

Quelles relations clients-distributeurs entretenir avec  une enseigne qui se prend pour le fer de lance du bio  à la française mais s’empêtre chaque jour un peu plus dans ses contradictions ? Une enseigne qui a pris une part active à l’élaboration d’un nouveau cahier des charges, Biocohérence, un bien joli nom en vérité, un nouveau « label » sensé être plus exigeant que l’actuel label européen, par exemple en interdisant le mélange bio et non bio. Mais aussi une enseigne  qui considère que mélanger bio, agrocarburants et autres business ô combien profitables à l’environnement comme la construction d’une marina de luxe ou le détournement d’une rivière, sans parler de l’accaparement de terres ou de ressources publiques destinées aux petits et moyens paysans, pourvu que ça se passe loin de nos regards et que ce soit bien dissocié des parcelles certifiées bio, équitable, etc., ça, ça ne pause aucun problème d’éthique : business is business ! Pour la (bio)cohérence, c’est plutôt mal parti. Et par dessus le marché ça joue les leaders de la résistance pro-Daabon  :  autant venant de l’importateur et du certificateur, tous deux mouillés jusqu’au cou, on peut comprendre, mais venant d’une enseigne historique comme Biocoop on se dit qu’il y a anguille sous roche. Nous doutons fort que le daabonisme soit une spécificité colombienne, ce qui pourrait expliquer pourquoi la patate est si brûlante !

Laissons donc ces gougnafiers à leurs stratégies foireuses et venons-en aux questions de fond :

Quelle « bio » voulons-nous ?

Bio paysanne ou bio intensive ?

Bio citoyenne ou bio business ?

Voulons-nous continuer de soutenir de telles pratiques par nos achats en accordant toute notre confiance à des « experts indépendants » ou voulons-nous nous impliquer activement dans l’examen de ces pratiques ?

Telles sont les questions dont nous devons débattre publiquement tous ensemble : simples citoyens et travailleurs au service de la production, de la transformation et de la distribution, ce qui inclut le personnel des biocoops, lequel conserve notre estime, lui, cela va de soi.

Notre contribution consiste avant tout à jeter un pavé dans la mare mais il en faudra bien plus pour la nettoyer. Pour cela, c’est à la société civile dans son ensemble, d’assumer ses responsabilités.

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