Publié par : avenuecolombie | 24 septembre 2010

Mais qui est donc ce Daabon ?

DAABON vient de DAvila Diaz Granados et de ABONdano, du nom du couple d’heureux propriétaires, également cousins lointains. Eh oui, c’est ainsi, chez ces gens là on ne se mélange pas trop. Reprenant le modèle aristocrate, on reste entre cousins, ça soude le clan. Et de temps en temps on passe des alliances à coup de « mariages princiers », une recette bien éprouvée.

le groupe Daabon

les différentes filiales du groupe "bio" Daabon, agrocombustibles en tête

 

Alors qui sont ces gens et que font-ils en Colombie. Disons que les Davilà Diaz Granados font partie de ces quelques grandes familles qui depuis le début de la colonisation s’emploient à contrôler tous les centres de décision locaux (Santa Marta) et régionaux (Magdalena), et ont toujours eu une grande influence nationale. Et il faut reconnaître qu’ils y réussissent plutôt bien, jugez-en plutôt.

D’abord la chape de plomb locale et régionale (« DG » = Diaz Granados ; en Colombie, le premier nom est hérité du père, le second de la mère). Parmi les éminents membres de cette grande famille cités ci-dessous, tous ne sont pas ou n’ont pas été administrateurs de l’une des filiales de Daabon, loin de là. Mais la question n’est pas là, Daabon n’est qu’un sommet d’un iceberg, rien de plus. Et Daabon ne serait pas Daabon sans ces personnages, c’est ça qui compte. Ces précautions prises, allons y pour une galerie de portraits.

Juan Pablo DG Pinedo: maire de Sta Marta, centre administratif de l’état de Magdalena

Alfredo DG Caballero: pdt de la CCI de Sta Marta

Manuel Julián Dávila Abondano: pdt de la Marina Internationale de Sta Marta; siège aussi à la Région.Vous allez comprendre…

Omar DG Vasquez: secrétaire de l’ex-gouverneur du Magdalena en prison pour paramilitarisme. Actuel gouverneur du Magdalena (2009-2011) ; co-opté par tous les chefs mafieux actuellement en séjour à la célèbre prison de la Picota à Bogota.

José Domingo Dávila Armenta: le vilain petit canard du clan, non pas qu’il soit pire que les autres mais il a un gros défaut : il s’est fait prendre la main dans le sac ! En prison pour complot avec le chef paramilitaire Jorge 40 (10000 assassinats, extradé aux USA), principal bénéficiaire du “pacte de Chivolo” pour assurer son élection à la région. Comme son frère, inculpé pour les mêmes raisons en plus de l’assassinat d’une Diaz Granados (ah les problèmes de famille…), il est le fils d’un célèbre trafiquant qui a fait fortune dans la marijuana et a réussi à déjouer les demandes d’extradition d’une flopée de juges, américains pour la plupart. Ce grand homme est le cousin germain du patriarche de Daabon, « Don Alberto ». Les avocats de Daabon insistent bien sur le fait que les Davila Armenta n’ont jamais été administrateurs de Daabon, que l’on se rassure ! Il est vrai que Daabon ne regroupe qu’une dizaine de sociétés ce qui n’empêche pas bien d’autres sociétés du clan d’avoir leur siège dans le même immeuble de Sta Marta, à croire qu’il n’y avait pas de place ailleurs.

Et le petit dernier qui ira loin pour finir, ce qui permet d’éclairer les grandes manoeuvres de ces dernières années :

Sergio DG Guido: vice-ministre du développement entrepreunarial (2006-2008). Nouveau ministre de l’industrie et du tourisme après une parenthèse dans une grande institution de développement du tourisme.

Pour faire bon poids bonne mesure, à peine arrivé dans ses nouveaux bureaux, le président Santos vient de nommer une Lacouture (eh oui un nom bien de chez nous) à la tête de Proexport, l’entité qui gère les exportations. Les Lacouture, qui comme les Davila Armenta contribuent à la renommée de la Picota, sont quant à eux les heureux propriétaires de l’autre groupe planteur de palme de la région Caraïbes, El Roble. El Roble a point commun avec Daabon : contrairement à ce qui se passe partout ailleurs en Colombie, il est actuellement impossible d’établir un lien formel entre ces entreprises et l’armada de paramilitaires qui imposait un régime de terreur dans toute cette région. Absolument remarquable.

Cela fait des années que le clan Davila DG a de grandes ambitions pour le tourisme local. Nous avouons avoir peiné à reconstituer le puzzle à partir de morceaux épars ces dernières années, mais c’est désormais un tableau grandiose qui s’étale au grand jour. La Marina Internationale fait partie des méga-projets locaux qui bénéficient en premier lieu à la Terlica, l’une des filiales de Daabon, celle là même qui a été condamnée à une amende de 73000€ pour avoir laissé échapper 100 tonnes d’huile de palme dans une baie magnifique (cf. photos dans un article précédent, ici) dont le principal défaut est d’abriter une petite population de pêcheurs afro-colombiens. Or les coraux n’apprécient guère de se retrouver englués dans un tas de margarine. Et sans coraux, plus de poissons, et sans poissons plus de pêcheurs, qui quant à eux n’ont reçu aucun dédommagement. Par contre il n’a pas fallu longtemps pour entendre des rumeurs d’aménagement de la baie par des investisseurs. Coïncidence, probablement.  Autre coïncidence, on assiste actuellement à une ruée sur les plages à l’est de Santa Marta, dans l’état de la Guajira, où les terres sont achetées pour une bouchée de pain aux populations indigènes, propriétaires traditionnels de ces contrées désertiques. Tout cela est encore confus mais il serait hautement improbable que le tandem Davila DG – Uribe ne soit pas derrière ces projets de complexes touristiques de grande envergure, dans le style Dubaï. Bien sûr il va falloir de l’eau dans ce désert, beaucoup d’eau et il n’y en aura pas pour tout le monde. Mais il est vrai que l’une des filiales de Daabon a déjà une bonne expérience de détournement de rivière ; la Samaria (producteur de bananes certifiées bio entre autre par Ecocert) a été condamnée à une amende de 50000€ et à financer la plantation de 9000 arbres pour remplacer la ripisylve détruite et ce dans ce même état de la Guajira. Encore une coïncidence, probablement.


confirmation de la sanction contre la Samaria ; pour plus d'information cf. http://www.asocars.org.co/search_news.asp?idnoticia=1042


certification bio de la Samaria par Ecocert

Admirez la puissance des normes en général, y compris les normes dites « éthiques » (bio, équitable, durable, etc.) : on se concentre sur l’essentiel, rien que l’essentiel et il peut se passer n’importe quoi dans la pièce d’à côté dès lors qu’elle n’est pas concernée par la certification en question. Quand bien même ce serait une salle de torture en pleine activité (c’est une image, bien sûr), aucun certificateur n’est sensé en tenir compte. C’est beau, non ?

 

Bien sûr il faudra aussi de l’énergie et de quoi nourrir tous ces touristes exigeants. Ca tombe bien, Daabon peut faire tout cela. Toutes ces grandes manoeuvres ne seraient pas possibles sans l’étroite implication du clan Uribe. Pour la petite histoire, ces 2 clans sont liés, de manière lointaine il est vrai, par un certain Alfonso Lopez Pumajero qui fut lui-même président ainsi que son fils. C’est sous la présidence de ce dernier (1974-1978), que le cartel de Medellin (la ville dont Uribe fut maire puis gouverneur de l’état !) a pu blanchir son immense fortune. Rappelons que Ochoa et Escobar étaient respectivement classés 6éme et 7éme plus grandes fortunes mondiales. Nous n’insisterons pas sur les liens bien connus de la CIA entre Uribe (N° 82 sur la liste des narco-traficants) et ses célèbres voisins dont bien entendu il ignorait tout, alors que là encore les liens de « famille » existent. Enfin faut-il rappeler que Uribe a été l’homme politique qui a le plus oeuvré en faveur des paramilitaires et ce dès les années 80. Pourquoi vous rappeler tout cela ? Parce que tout se tient bien sûr et encore ce n’est là qu’un aperçu d’une réalité beaucoup plus complexe, si complexe qu’il faudrait lui consacrer un livre entier.

Et l’huile de palme bio dans tout cela nous direz-vous ? A priori ce n’est qu’un élément de décoration parmi d’autres dans une belle vitrine, mais en fait c’est un élément de grande valeur ! Car à côté de l’axe tourisme encore émergeant, Daabon a un autre fer au feu : les agro-carburants et c’est là où l’huile de palme bio entre en jeu en tant que modèle. Modèle de contrôle d’une niche commerciale dans laquelle la clientèle exige certaines garanties avant de passer à l’acte. On peut voir ça comme une expérience de manipulation in situ, prélude à celle qui consiste à faire accepter les biocarburants aux populations des pays riches. Il s’agira en effet de tout faire pour qu’au moment de remplir son réservoir, l’automobiliste n’ait aucun sentiment de culpabilité à propos de lointaines forêts détruites et de ses occupants exterminés ou réduits en esclavage. Sinon la machine pourrait se gripper, et ça il n’en est pas question. Mais que l’on se rassure, dans des centres de recherche comme le CIRAD par exemple (ah le Cirad de Montpellier et sa filiale PalmElit : ce fleuron de la recherche française mériterait bien plus qu’un simple article dans ce modeste blog !), d’éminents chercheurs cogitent dur pour nous éviter de tels affres. La RSPO, dont on a déjà parlé ici fait partie de cet arsenal de tranquillisants. Et ça, Daabon l’a compris très tôt.

Diego Garcia, importateur de l'huile de palme bio Daabon en France à un meeting de la RSPO (source : FairNews N° 6, 2006 à télécharger sur le site de Daabon) Le titre en anglais est parfaitement éloquent. Une photo qui en dit bien plus qu'un long discours.

Il faut dire que l’huile de palme répond parfaitement à la demande explosive de substitut de pétrole exigé par les économies les plus voraces mais qui doivent ménager une façade verte ; après l’enfer vert voici donc venu l’or vert. Créateur d’emploi dans une région déshéritée, nous dit la com officielle. Sauf que l’on oublie de préciser qu’un hectare de palmier demande 10 fois moins de main d’oeuvre qu’un hectare de banane. Donc le palmier à huile n’est pas seulement une plante dont le rendement est remarquable, c’est aussi une monoculture qui est merveilleusement bien adaptée à une exploitation industrielle à grande échelle, minimisant les risques de révolte sociale auxquels les exploitants de banane ont du faire face. Déjà propriétaire de la plus grande usine de production de biodiesel de palme d’Amérique du Sud, inaugurée en grande pompe par Uribe comme il se doit, il ne reste plus qu’à la faire tourner à plein régime. Or pour cela il faut des terres, beaucoup de terres. Et ce ne sont pas les 25000 hectares autour d’Aracataca qui peuvent suffire. Fidèle à une tradition qui lui a valu l’attribution de 15000 hectares par le gouvernement en 1925 dans cette région, le clan Davila DG s’est vu accorder de généreuses subventions (350000€) prises sur le plan Agro Ingreso Seguro (AIS), officiellement présenté comme un plan dédié à l’aide aux petits paysans (ce que dément formellement le ministre de l’agriculture après coup !). A noter que de nombreuses autres personnalités douteuses ont bénéficié de ce plan, y compris des narco-traficants depuis en prison mais c’est le clan Davila qui remporte le jackpot et de très loin. D’ailleurs pour maximiser l’aide et ménager les apparences, les heureux bénéficiaires ont été répartis dans le clan. Pas de problèmes, on a vu que la famille c’est quelque chose de sacré chez ces gens là. Toujours est-il que cette aide précieuse était suffisante pour leur permettre d’acheter de nouvelles terres sans mettre à mal leur trésorerie que l’on imagine volontiers maigrichonne. Comment s’y prendre légalement ? Exactement comme en France : repérer les terres susceptibles de changer de main et se les faire attribuer ou être prioritaire pour leur acquisition. Suite au prochain épisode : l’affaire de las Pavas.

la plus grande usine de biodiesel d'Amérique du Sud, la fierté nationale (source : FairNews N°9, 2009, à télécharger sur le site de Daabon)


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Responses

  1. […] groupe Daabon : https://avenuecolombie.wordpress.com/2010/09/24/mais-qui-est-donc-ce-daabon/ Huile de palme bio colombienne : […]


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