Publié par : avenuecolombie | 24 septembre 2010

Bio ou pas bio, telle n’est pas la question (à propos de l’huile de palme de Colombie)

La pause estivale terminée nous reprenons le feuilleton « huile de palme », après bon nombre d’élucubrations sans grand intérêt écrites ici et là pendant l’été. Entre temps les guêpes sont sorties de leur trou et se défendent comme elles peuvent, menant un combat d’arrière garde alors que le refus de l’huile de palme, y compris bio, par le grand public progresse à une allure qui nous étonne nous-même. Mais nous réjouit, bien sûr.

Avant toute chose et pour clore le bec à tous ceux qui ont le nez vissé sur leur définition du bio, savoir si cette huile de palme est bio, superbio ou à passablement bio est le cadet de nos soucis. Tant pis pour Daabon et ses supporters qui voudraient bien focaliser le débat sur ces détails sans importance histoire de vider le sujet de tout son contenu politique.

En l’occurrence, la seule question  qui vaille la peine d’être débattue est de savoir si, moralement, nous consommateurs de pays nantis, avons le droit de consommer un produit « bio », quel qu’il soit, en fermant les yeux sur les diverses activités de ses producteurs pourvu que le produit qui nous intéresse satisfasse aux requis de la norme bio du moment. Et cette question c’est à chacun de vous d’y répondre, en votre âme et conscience à chaque fois que vous faites vos courses et non pas à un quelconque certificateur, quand bien même il serait au-dessus de tout soupçon.

Notre rôle est de vous apporter des informations qui vous permettront de pendre une telle décision. A vous de faire le reste, sachant que le pouvoir, en définitive c’est bien vous qui l’avez.

Pour ceux qui prennent le train en route, rappelons que  la cerise sur ce gâteau à l’huile de palme est le différend qui oppose le groupe producteur Daabon à une communauté paysanne au sujet de la propriété du domaine de « las Pavas », affaire dénoncée pour la première fois en Europe par le journal anglais « Guardian » qui mettait en cause la société « Body Shop ». Le même Body Shop qui a commandé un rapport détaillé à l’ONG « Christian Aid ». Suite à quoi Body Shop admet que l’affaire est on ne peut plus louche mais s’abrite derrière le fait que son huile de palme bio n’a rien à voir avec ce domaine là.

D’où notre mise au point à propos de la question à se poser.

Ce rapport est trop dense pour vous le transcrire in extenso,  mais il est accessible sur demande en anglais ou en espagnol, de même que le rapport sur les conséquences environnementales du réaménagement du domaine de las Pavas par Daabon. Quant au film « En Tierra de Otros », sous-titré en français par nos soins et déjà présenté à plusieurs conférences ici et là, nous le mettrons probablement en accès libre sur internet. A suivre.

Pour que l’information soit plus facile à consulter nous vous proposons deux articles :

« Mais qui est donc ce Daabon ?« , essentiel pour comprendre le contexte (il fait suite à l’article sur « Santa Marta »

« L’affaire de las Pavas« , qui raconte les grandes lignes de cette affaire d’accaparement des terres au profit de l’agro-industrie.

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Responses

  1. […] La suite logique de cet article est actuellement ICI. […]

  2. Bravo pour votre travail d’information et votre engagement !
    Ayant moi-même créé récemment une association(*) dont un des buts est de participer à ce mouvement d’information et de lutte contre les spoliations et massacres que subissent les paysans colombiens, entre autres en lien avec la palme, je vous remercie d’avance de mettre effectivement en ligne votre documentaire « En tierra de otros » que j’utiliserais volontiers, si vous le permettez, pour l’info et la sensibilisation de jeunes en lycées, collèges et centres sociaux de ma région.
    Cordialement
    (*) ACCESO : Association Colombie Culture Echanges et Solidarité, basée à Nevers (58)

    • Bien entendu toute association qui souhaite utiliser ce film et autres documents destinés à être diffusés est la bienvenue mais tout bien réfléchi nous sommes sceptique sur l’intérêt de la mise en ligne de ce film à la fois pour des raisons techniques et aussi parce que voir ce film seul sans la moindre explication n’est pas très productif. Nous préférons vous proposer un « service » plus élaboré avec divers éléments que nous pouvons rassembler sur un DVD. Enfin les bonnes volontés sont toujours les bienvenues pour sous-titrer d’autres films (2 en particulier), sachant que l’on peut se répartir le travail, l’espagnol n’étant pas toujours facile pour qui n’est pas familier de certains accents régionaux, sans parler des expressions.

  3. petite epicerie bio , cooperative, s’approvisionnant aussi aupres des filieres « equitables » (reseau Minga surtout mais pas que) nous somme interesses au premier chef par ce debat. Nous avons encore eu recemment d’interroger un fournisseur au sujet de l’huile de palme, il s’est empresse de nous rassurer: elle ne venait pas de Borneo mais d’amerique latine et le mode de culture est controle, ou certifie je ne sais plus.

    Nous nous posons les questions suivantes (nous avons encore des produits a l’huile de palme):

    – existe t il une huile de palme dont les conditions de production sont fiables (ecologiquement, socialement…)?

    – est- ce que meme dans ce cas on ne contribuerait pas au merdier general en en achetant, puisque ca contribuerait a accroitre la demande globale de ce produit ….

    Encore quelques arguments pour convaincre toute l’equipe, informer nos fournisseurs, et nous allons peut etre faire une chasse definitive comme le demandent deja certains clients. A moins qu’il ait lieu de soutenir certaines communautes productrices …

    • Bonjour et bravo pour vos interrogations. Rassurez-vous, vous n’êtes pas un cas isolé (un prochain article devrait vous intéresser tout particulièrement). Aujourd’hui ce genre de démarche vient des distributeurs alternatifs comme vous, les distributeurs « historiques » s’étant mis hors jeu de ce débat en révélant leur vraie nature. Seuls quelques magasins ici et là font de la résistance discrète, le reste considère que ce n’est pas leur problème. Dont acte.

      Vos questions :
       » existe t il une huile de palme dont les conditions de production sont fiables (ecologiquement, socialement…)? »

      en principe oui, mais alors il s’agit de micro-productions à usage local comme n’importe quelle production vivrière et dans ce cas pas question de l’exporter chez nous au prix que nous connaissons. Il y a encore peu l’Afrique contrôlait plus ou moins sa production mais un peu partout celle-ci est en train de se faire récupérer et l’organisation de type traditionnelle est remplacée par une approche industrielle basée sur d’immenses surfaces comme ailleurs. Les mêmes causes conduisent aux mêmes effets n’importe où dans le monde.

      « est- ce que meme dans ce cas on ne contribuerait pas au merdier general en en achetant, puisque ca contribuerait a accroitre la demande globale de ce produit …. »

      c’est tout le problème des cultures intensives destinées à l’exportation vers les pays nantis aux dépens des cultures vivrières… Idem pour le soja, la canne à sucre et autres plantes a vocation multiple (alimentaires et agro-carburants). A une moindre échelle c’est aussi vrai du café ; comparez le prix d’un café de grande marque en grande distribution et celui des cafés d’Andines, Saldac ou Sol Alter.

      « Encore quelques arguments pour convaincre toute l’equipe, informer nos fournisseurs, et nous allons peut etre faire une chasse definitive comme le demandent deja certains clients. A moins qu’il ait lieu de soutenir certaines communautes productrices … »

      Vos fournisseurs savent parfaitement à quoi s’en tenir, ils ne font qu’essayer de gagner du temps. Quant au dernier argument, oubliez-le, car avec ça on peut tout justifier pour se donner bonne conscience. Les mines anti-personnelles aussi nourrissent des familles… mais en détruisent bien plus. L’huile de palme, bio ou pas, et toutes ces cultures qui ravagent des milieux extraordinaires, c’est pareil et en l’occurrence c’est cautionner un sacrée bande d’affreux qui utilise l’huile de palme bio et autres cafés équitables pour se construire une image d’entreprise écologiquement et socialement responsable alors que la réalité est tout autre (cf. par exemple Daabon, Tayrona et les Kogis)

  4. […] Un autre article du Blog d’Avenue Colombie tout aussi intéressant : Bio ou pas bio, telle n’est pas la question (à propos de l’huile de palme de Colombie) […]


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