Publié par : avenuecolombie | 28 mai 2010

Huile de palme bio : la région de Santa Marta

Suite à nos deux articles précédents, qui sont des introductions à la question de l’huile de palme « bio » puis « durable », nous entamons ici une série d’articles de manière à donner des clés pour comprendre comment la communauté bio a pu se laisser abuser à ce point.

L’objectif est aussi de montrer par l’exemple ce que peut être une démarche citoyenne à la portée de tous ; ce n’est qu’une question de volonté. Car le monde ne changera pas simplement en faisant nos courses ici plutôt que là-bas sans changer fondamentalement notre comportement. Un consommateur de produits bio ou/et équitable reste un consommateur et en tant que tel ne contribue guère plus qu’un consommateur classique à l’émergence d’un monde dans lequel il ferait mieux vivre, contrairement à ce que toute la machine de propagande de la grande distribution essaye de faire croire au grand public. Alors acheter bio, oui bien sûr, équitable pourquoi pas, mais que ce soit en conscience, en jouant notre rôle de citoyen critique qui est en droit d’exiger une transparence totale sur ce qu’il achète et ne se contente pas de tel ou tel logo. Cette une révolution qui est d’abord à faire en chacun de nous.

Or donc, dans cet article, nous allons essayer de dresser le décor dans lequel prend place cette histoire d’huile de palme « bio ». Nous commencerons par la géographie puis nous continuerons avec l’histoire. CNN nous vend aujourd’hui l’idée que n’importe quel téléspectateur peut comprendre l’actualité instantanément, en direct et sans la moindre base culturelle. Bien entendu ceci est du pur marketing, l’information étant dorénavant un produit de consommation comme un autre. Or si cette huile avait été produite par une famille sans histoire dans une région calme de la Colombie (tout cela est à prendre au sens relatif bien sûr) nous n’aurions peut-être pas cherché à en savoir plus.  Mais il se trouve qu’il s’agit d’une famille « bien » connue dans une région pour le moins particulière…

Voilà, le décor est planté. Un décor de rêve en réalité, de quoi filer le tournis à un naturaliste même blasé : d’abord une Sierra improbable où en 50km on passe de la mer aux neiges éternelles à près de 6000 m (cf. bandeau du site) en traversant tous les étages climatiques, le tout bordé d’une immense Camargue à l’ouest, dernier caprice du fleuve Magdalena grand pourvoyeur en zones humides, et d’un désert plus ou moins luxuriant, façon Californie, à l’est, tout cela en bordure de la côte Caraïbe, mer de tous les vices.

On aurait bien de la peine à trouver une plante qui ne pourrait pas être cultivée quelque part dans cette région. Les indigènes de la région y avaient édifié des villages remarquables par leur art du contrôle de l’eau et savaient tirer parti de l’extrême diversité de ce modèle réduit du monde. Les indigènes pratiquement exterminés, de telles conditions ne pouvaient pas laisser indifférents les grands accapareurs de terrain pour y implanter d’immenses monocultures : coton, riz, banane et huile de palme ont pris la relève de l’élevage.

La région compte deux villes remarquables : Cartagena et Santa Marta. Cartagena a préservé quelques vestiges de son histoire peu glorieuse de plaque tournante du trafic d’esclaves pour la majeure partie de l’Amérique centrale et une partie de l’Amérique du sud. Le présent n’est pas beaucoup plus reluisant : prostitution et drogues en sont les industries de base au service d’un certain tourisme. Un dernier détail lié à Cartagena avant de la quitter : ironie de l’histoire, ce sont les négriers portugais qui ont introduit le palmier africain en Colombie, pour… nourrir les esclaves dont les descendants sont aujourd’hui parmi les plus touchés par l’expansion de cette monoculture à grande échelle.

A part le fait d’être la première ville avoir été fondée par les espagnols en 1525 le jour de la Ste Marthe, il n’y a pas grand chose à dire sur Santa Marta, capitale de la Région du Magdalena, dernière étape du héros Simon Bolivar. C’est la ville où se concentrent toutes les administrations des grands intérêts de la région.  Equipée d’installations portuaires et d’un aéroport, c’est la plaque tournante de trafics en tous genres avec les pays voisins. L’état de délabrement des infrastructures publiques y est indescriptible. Ici, il n’y a guère que l’air qui ne soit pas « taxé » pour alimenter la corruption locale qu’elle soit en col blanc ou en treillis et qui rafle toutes les ressources normalement affectées au fonctionnement de cette cité. La région a tellement été formatée par les paramilitaires que lorsqu’un vol ou un meurtre est commis, une bonne partie du petit peuple ne s’étonne plus que quelques cadavres de plus soient retrouvés dans les jours suivants, histoire d’accréditer l’idée qu’ici la loi c’est eux.  Dans ces conditions, lorsqu’on vous demande de partir, bien peu ont le courage d’affronter une issue quasi-certaine, ce qui se comprend aisément.

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