Publié par : avenuecolombie | 8 mai 2010

La triste réalité des droits de l’homme en Colombie

Nous qui sommes en France et ne supportons pas de voir les horreurs perpétuées en Colombie, des horreurs à la hauteur de la beauté de ce pays et de son peuple (*), nous reconnaissons volontiers que nous  vivons dans une relative sécurité que les colombiens défenseurs des droits de l’homme qui parcourent actuellement l’Europe pour dire la réalité de leur pays à nos chers dirigeants sont en droit de nous envier. Certes nous ne sommes pas à l’abri des tracasseries judiciaires, la nouvelle arme propre pour faire taire les revendications sociales comme en témoignent de nombreux « faits divers » (par exemple le procès en diffamation intenté par Bolloré à deux journalistes), mais, pour combien de temps encore (ça c’est une autre histoire que nous aborderons ultérieurement), nous prenons clairement moins le risque d’une inculpation pour conspiration terroriste ou même d’une exécution sommaire, une banalité en Colombie. Il faut savoir, par exemple, que 80% des syndicalistes assassinés dans le monde le sont en Colombie, pour ne parler que des syndicalistes.

Et c’est avec ce pays là que l’Europe s’apprête à signer un traité de « libre » commerce, mettant de côté ses engagements à prendre en compte la situation sociale.

Le récent scandale du DAS (service secret de Colombie) montre bien le niveau de corruption incroyable atteint dans ce pays. Le DAS était tout simplement chargé de fabriquer de toutes pièces des preuves de collusion entre des défenseurs des droits de l’homme, en général, et la guérilla, l’éternel épouvantail au nom duquel le pouvoir justifie toutes ses violations des droits les plus élémentaires. En comparaison, que des personnalités de l’opposition aient été mises sur écoute, et pas seulement en Colombie, tient presque de la blague bon enfant. Même les magistrats de la Cour Suprême en charge d’affaires délicates n’y ont pas échappé. Et la liste ne s’arrête pas là, mais à quoi bon rentrer dans les détails lorsqu’on en est à ce stade.

Et est-ce que tout ça va envoyer Uribe devant un tribunal et contrarier la signature du TLC avec l’Europe puis plus tard avec les Etats-Unis ? Au train où vont les choses cela ne semble pas d’actualité.

(*) pour ceux qui l’ignorent, la Colombie est l’un des plus hauts sommets de la biodiversité mondiale : premier pays en oiseaux, orchidées, palmiers, papillons diurnes, batraciens… Quant au peuple colombien il suffit de parcourir les blogs de globe-trotters et lire les rapports de voyage des visiteurs le plus souvent peu rassurés à leur arrivée. Comme le dit une boutade colombienne, le plus grand danger de la Colombie c’est de ne plus vouloir en repartir. De toute évidence c’est l’un des peuples les plus accueillant au monde et l’on ne vous parle pas de sa diversité culturelle (pour un aperçu voir ici et ). De plus, si l’on en croit les enquêtes sur les indices de bonheur c’est aussi le pays qui arrive le plus souvent en tête.

Quelle leçon pour nous, non ?

Ici un gentil petit massacre dans une communauté indienne du sud de la Colombie ayant le triste privilège d’avoir subi aussi bien la guérilla que les paramilitaires et l’armée.

Les minorités indigènes et afro-colombiennes sont celles qui paient le plus lourd tribut à ces différents acteurs armés qui se disputent leur territoire.

Image classée en catégorie « soutenable ». Nous vous épargnerons la catégorie « insoutenable ».

Le difficile travail d’identification des victimes dont on retrouve les morceaux volontairement éparpillés dans des fosses communes attribuées à plus de 80% aux paramilitaires à la solde des grands propriétaires et des multinationales.

Vous a-ton déjà dit que les disparitions en Colombie distancent largement celles de la dictature de Pinochet ? A propos de fosses communes on trouvera ici un article édifiant sur une fosse de 2000 cadavres.

Seulement 15 médecins-légistes pour identifier des milliers de cadavres ! Sans commentaires. Contrairement au Chili la Colombie n’est pas sortie de sa période sombre, au contraire elle continue de s’y enfoncer chaque jour un peu plus, alors parler de travail de mémoire est tout à fait prématuré d’autant plus que les grands médias font tout pour maintenir la population urbaine dans l’ignorance de cette situation. A la télévision, l’émission Contravia du journaliste Hollman Morris est l’exception à la règle.

Quant à nous, européens vivant dans des états de droit, nous aimerions tant nous persuader que nous ne portons aucune responsabilité de ces actes barbares. Vraiment, nous aimerions.

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