Publié par : avenuecolombie | 28 janvier 2012

Huil de palme bio : synthèse 2012

Que vous soyez un nouveau visiteur ou un habitué, sachez que nous avons complètement remanié la page "Huile de palme bio" en forme de synthèse. Ce n’est toujours pas un chef d’oeuvre de concision mais nous espérons que cette synthèse répondra mieux aux attentes de celles et ceux qui souhaitent s’informer sans y consacrer des heures. Les plus courageux y trouveront de nombreux liens vers les articles précédents pour approfondir tel ou tel aspect.

N’en déduisez pas que cette synthèse marque pas la fin de l’histoire. Même si l’huile de palme bio est maintenant bien installée sur une belle planche savonneuse sa disparition des magasins bio n’est pas pour demain. D’autres articles suivront, que ce soit sur les aspects franco-français ou colombiens.

Il y a bien d’autres problèmes graves que nous pourrions évoquer à propos de la Colombie, en particulier la ruée vers les matières premières (pétrole et métaux) mais le lien entre les entreprises concernées et les consommateurs français est bien plus difficile à établir même lorsque des intérêts français sont en jeu.

Publié par : avenuecolombie | 8 novembre 2012

Grand prix du Margoulin bio : c’est bébé qui va être content !

Les parents qui veulent dispenser leur bébé d’huile de palme, même dans des produits bio, n’ont pas la tâche facile comme on peut s’en rendre compte en parcourant divers forums. Toutefois des solutions existent, nous en avions listé quelques unes ici (cf. article) il y a déjà plus d’un an.

Babybio (www.babybio.fr/ingredients-huile-palme.php), une marque courante dans les magasins bio, a décidé de prendre le problème à contre-courant en se faisant l’avocat de l’huile de palme bio. On y retrouve les sempiternelles âneries d’usage sur l’huile de palme bio Daabon, so different, so green, so social, bref, trop cool comme disent nos jeunes.

Et en prime on a droit à un exposé gratuit sur les bienfaits secrets de l’huile de palme. Eh oui, c’est que bébé le vaut bien, enfin, il s’agit surtout de rassurer papa et maman pour qu’ils n’aillent pas voir ailleurs. Mieux encore on va les valoriser en leur apprenant ce que leurs voisins ignorent, ces sots qui croient encore comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), que « les acides gras saturés sont consommés en excès par la population française et contribuent au développement de l’obésité et favorisent les maladies cardio-vasculaires. ».

Pire encore, on apprend que suite à un projet de loi, le pot de Nutella risque d’augmenter dans des proportions insoutenables : « Cela représentera une hausse de 30 centimes pour un pot géant de Nutella de 5 kg, dont le prix tourne actuellement autour des 37 euros… ».  Pourquoi tant de cruauté ? Espérons que Babybio aura plus de chance avec l’huile de palme bio ; on en tremble d’avance.

Bref, on y retrouve les arguments déjà avancés par le minable petit lobby de l’huile de palme bio qu’avait relayé le N° 194 (septembre 2009) de la revue Biocontact.

Mais ce que nous avons particulièrement apprécié c’est le début de l’article :

« Face à la campagne de dénigrement lancée contre l’huile de palme, quelques fabricants ont décidé de la remplacer dans leurs formules par de l’huile de coco (aussi appelée coprah); certains même en ont fait un argument marketing qu’ils mettent en avant sur l’emballage. »

Oh les vilains concurrents qui se vantent d’avoir fait le ménage, ça c’est vrai que dans le genre peau de banane c’est plutôt vache quand on s’efforce de rester debout face à la tempête ! Et cette campagne de dénigrement, dans le genre – je suis la victime d’un complot – c’est pas mal essayé. Avec les révélations sur les bienfaits secrets de l’huile de palme bio il y a forcément des esprits naïfs que ça peut influencer…

Et la fin, ah nous allions oublier la fin, quel dommage :

« Enfin, l’utilisation massive d’une autre huile comme l’huile de coco conduirait aux mêmes types de dérives qu’aujourd’hui. Tout est une question de mesure. ».

Notez que sur le fond ce n’est pas faux, mais c’est quoi au juste cette histoire de « dérives » ? Pouf pouf, nous sommes perdus : on nous dit que c’est une huile écologique, responsable, etc. et maintenant on nous parle de « dérives » ! Faudrait savoir ! A se demander si celui ou celle qui a écrit ce baratin y croit vraiment… Ah, le petit personnel… voilà où ça conduit de faire des économies de bouts de chandelles (de chez ecodis, bien sûr), fallait se payer l’agence de com de Daabon !

Si vous êtes parents, nous vous laissons apprécier ce que Babybio pense de vous.

Ces deux exemples qui montrent l’aptitude de l’industrie du bio à ne reculer devant rien, mais alors vraiment rien, doit inciter les clients que vous êtes probablement à encore plus de vigilance.

Le combat contre l’huile de palme bio est loin d’être gagné et nous ne nous faisons pas d’illusions : chassée par une porte elle saura bien revenir par une autre.

PS Avril 2013 : allez savoir pourquoi, la page en question en début de cet article http://www.babybio.fr/ingredients-huile-palme.php a disparu du site de Babybio… ohhh, cette fois Bébé va vraiment être content ! Bon, à vérifier avec une loupe, juste au cas où car Babybio ne se vante pas non plus d’avoir abandonné l’huile de palme.
Internet est cruel, pourquoi ? Parce qu’il est difficile de faire disparaitre tout ce que l’on a écrit un jour, même si on le regrette un autre. Il existe un site extraordinaire où l’on peut retrouver de vieilles versions, il suffit de demander et avec un peu de chance, on trouve : c’est ici pour toujours, du 6 septembre 2010 (tiens, comme c’est étrange, qu’a-t-il bien pu se passer à cette époque ?) au 23 janvier 2013. Ah, c’est donc une conversion récente et dire que nous n’avons même pas été prévenus !

Publié par : avenuecolombie | 8 novembre 2012

Grand prix du Margoulin bio : ma chandelle est morte…

On parle souvent du « dernier des margoulins », eh bien c’est à tort car on peut toujours faire mieux  : c’est Ecodis qui le prouve ! Bon d’accord, nous trichons un peu car Biocoop et Ecodis c’est bonnet blanc et blanc bonnet, Ecodis est « une entreprise indépendante mais associée » à Biocoop (dixit le site officiel de Biocoop) qui s’occupe de la branche « produits écologiques », peu importe les détails techniques des liens entre ces deux entités.

Or donc, voyant bien que depuis deux ans la plupart des transformateurs de tous poils se débarrassent peu à peu de l’huile de palme, malgré tout le mal que s’est donné Biocoop pour justifier l’injustifiable, c’est Ecodis qui prend la relève avec une idée géniale : si de plus en plus de gens rechignent à avaler cette saloperie ou à même à s’en tartiner la frimousse, nous allons leur proposer de la faire brûler ! Là au moins, pas de réticences avec ces fichus acides gras saturés. Il suffit de ressortir le blabla habituel avec quelques photos bucoliques et hop, emballé c’est pesé, admirez nos belles bougies bio ! La manoeuvre est habile, reconnaissons-le. Chez Ecodis non plus l’argent n’a pas d’odeur (quoi que, les bougies à l’huile de palme, faut voir ou plutôt sentir) et la technique d’emballage est la même qu’à Biocoop : plus écolo que moi, tu meurs ! (sans vilain jeu de mot) Quand on pense que dans un moment d’égarement nous avons failli devenir clients…

Mais revenons sur l’évolution de ces derniers mois. A chaque visite d’un magasin bio, c’est plus fort que nous, nous faisons un relevé des produits contenant ladite saloperie et nous sommes les premiers surpris de sa raréfaction. Même un fidèle adepte comme l’huilerie Emile Noël a peu à peu remplacé l’huile de palme par de l’huile de tournesol (il se peut qu’il en reste encore dans quelques références mais sa conversion est néanmoins spectaculaire). D’autres n’ont pas encore bougé le petit doigt comme son collègue l’huilerie Ph. Vigean qui n’ose plus sortir ses blocs d’huile de palme dans les salons bio par peur de se faire lyncher ou encore un certain Jean Hervé, idem pour les produits Gravier. N’oublions pas les biscuits Bisson ou ceux du Pain de Belledone, de brillants résistants de la première heure. Quant au rayon gâteries pour enfant c’est là où ça se gâte justement, méfiance et prière d’apporter votre loupe. Est-ce la voie de la raison qui se serait faite entendre par ici et pas encore par là pour des raisons obscures ? Ne rêvons pas, les doutes sur les qualités sanitaires de l’huile de palme ont fait bien plus que notre mise en cause du producteur colombien Daabon. Qui se soucie des conditions de production des fraises et des tomates en provenance d’Andalousie, par exemple ? Alors, l’huile de palme de Colombie, du moment que c’est certifié bio (merci Ecocert), le reste… Et de toute manière, pas davantage que Biocoop, il est hors de question pour qui que se soit d’admettre s’être fait roulé dans la farine par l’importateur et le producteur de matière première, ce serait créer un fâcheux précédent ! Garder la tête haute coute que coute face au client, mais si le client boude un produit alors là, on s’adapte vite fait bien fait sans tambours ni trompettes et surtout sans plus d’états d’âme qu’avant. Business is business.

A l’attention des nostalgiques : si vous recherchez un muësli à l’huile de palme, il faut bien reconnaître que ça devient de plus en plus difficile à trouver, damned, mais il y a une solution. Allez dans une biocoop, au rayon muësli et cherchez le macaron « ensemble pour plus de sens », voilà, vous brûlez !

Petit à petit, d’articles en conférences, la prise de position courageuse de Nature et Progrès qui finalise son nouveau cahier des charges sans huile de palme, l’affaire de l’usine d’huile de palme dans l’Aude à l’origine de la création du collectif No Palme, la sortie du livre de Ph. Baqué (« la bio entre business et projet de société »), ses articles pré-publication et ses conférences post-publication, d’autres blogs qui ont relayé nos infos, etc. tout cela a fini par créer un mouvement de refus suffisant pour avoir un impact mesurable sur les ventes. Eh oui, chez ces gens là, le portefeuille est l’endroit le plus sensible donc c’est là où il faut frapper. Bien sûr que nous savons qu’il y a des gens sincères partout, mais vraiment partout : chez Dassault, Michelin, Alsthom, Total, Areva, etc. pour ne parler que des petits gars bien de chez nous, alors pourquoi pas chez Daabon, Biocoop ou Ecodis ? Bien entendu que personne ne se réveille le matin en se demandant comment être encore plus ignoble que la veille. Pour nous protéger de tels affres, notre cerveau est tout à fait capable de mettre en place des stratagèmes pour que nous nous posions plutôt la question sous la forme : comment vais-je encore sauver le monde aujourd’hui ? Faut reconnaître que c’est plus gratifiant.

Venons-en maintenant à cette ode à la gloire de Daabon publiée sur le site d’Ecodis (www.ecodis.info/pdf/daabon.pdf) et vanté dans son dernier catalogue, car c’est vraiment un chef d’oeuvre du genre.

Notre mission : Cultiver, transformer et commercialiser des produits biologiques durables de grande qualité, tout en assurant le bien-être de nos employés, la protection de l’environnement et l’accomplissement de notre responsabilité sociétale. DAABON Organic’ est une entreprise familiale fondée sur la passion et l’engagement de 3 générations de la famille Davila.

 Chaque mot est pesé, rien n’y manque, le reste de la présentation va développer ces différents points. Pas à dire, côté com c’est du vrai travail de pro, dans les règles de l’art ; pas dans nos moyens. On ne va pas vous ennuyer avec la généalogie du clan Daabon et ses liens avec les présidents successifs, disons simplement que c’est conforme à ce que l’on peut imaginer ; digne d’un Tintin, alors autant relire votre Tintin favori.

Nos activités comprennent aujourd’hui une chaîne d’approvisionnement entièrement intégrée, y compris des usines d’huile de palme, des raffineries et même notre propre terminal.

Tout cela est exact, Daabon possède effectivement la plus grande raffinerie d’huile de palme d’Amérique du Sud pour faire… du biodiésel ! Financée entre autre grâce à un détournement d’argent public, avec la bénédiction d’Uribé, mais qui a dû être remboursé en catimini (avec échelonnement négocié s’il vous plait) avant que des poursuites soient engagées à leur encontre ; d’autres, des cousins du genre m’as-tu-vu qui se croyaient tout permis sous prétexte qu’un des leurs est ministre n’ont pas réussi à éviter la prison (cf.article). Au moins leurs déboires auront bien fait rire les colombiens, c’est toujours ça. Quant au terminal et ses cuves de stockage, il est également bien connu des riverains qui ont déjà subi plusieurs « marées rouges » dues à des fuites d’huile malencontreuses qui s’en est allé décorer les coraux ; dommage pour les pêcheurs (cf. article).

Nous sommes aussi fortement attachés à notre communauté et nous pensons que nous devons profiter de chaque opportunité pour aider les gens de notre région à obtenir des conditions de vie meilleures en leur offrant un bon emploi, de meilleures conditions de travail, en aidant les petits cultivateurs, et en faisant en sorte que la santé et l’éducation soient à la portée de la majorité des gens.

 C’est bien pour ça que Daabon a fait expulser les paysans de las Pavas (cf. article), des vauriens qui ne pensaient qu’à cultiver pour se nourrir ! Sérieusement, la palme et l’emploi ou le bien-être des paysans, c’est une vaste fumisterie à côté de laquelle la comptine de notre grande distribution créatrice d’emploi ressemble à une blague de potache. Rappelons qu’à surface égale, la palme emploie 10 fois moins de personnel que la banane, autant dire une aubaine pour les planteurs ! Quant aux paysans ils sont priés d’aller voir ailleurs. Alors c’est vrai il faut bien en garder quelques uns car tout le travail ne peut pas être mécanisé ; ceux-là seront dépendants à vie de la main qui les nourrit. Mais ce qui est de l’or vert pour une petite minorité est un désert vert pour tous les autres.

Chaque année, nos activités font l’objet de contrôles réalisés par des auditeurs externes expérimentés

Comme par ce bon monsieur Pons, pompier international d’Ecocert et accessoirement petit notable PS de l’Aude, celui qui conseillait aux paysans de las Pavas d’être raisonnables et de s’entendre avec Daabon ? (cf. article) Nous referons le point ultérieurement sur la situation à las Pavas.

Une biodiversité durable : Nos activités sont basées dans la jolie région de Santa Marta, entre les montagnes de la Sierra Nevada, une des régions les plus riches au monde au niveau de la biodiversité. Dans cette zone, forêts tropicales et pics enneigés ne sont qu’à quelques kilomètres et les ornithologues amateurs aiment la région pour ses nombreuses espèces d’oiseaux.

 Jusque là tout est vrai. Avant cette affaire, nous avons nous-même largement profité des richesses naturelles de cette région malgré la chape de plomb du paramilitarisme particulièrement implanté dans cette région et toujours en activité malgré la démobilisation officielle. Pour la petite histoire, dans une zone bien connue pour ses affrontements sanglants entre bande rivales de paramilitaires, on pouvait voir ici et là un petit panneau signé AUC (super-para-national) interdisant de toucher à tel ou tel arbre abritant par exemple un nid d’oiseau : ubuesque, mais authentique.

Pour maintenir la richesse naturelle de cette région, nous prenons conscience de l’importance d’essayer d’empêcher la disparition de la faune et la flore dans notre secteur d’opération qui abrite plus de 400 espèces d’oiseaux et 154 types de mammifères. Là où nos plantations bordent des voies navigables, nous maintenons des zones tampon d’au moins 30 mètres. De plus, nous avons reconstitué plus de 10 % de nos terres pour créer des réserves de faune et flore, qui permettent aux animaux d’errer calmement dans nos plantations. (…)

En Colombie comme ailleurs, les planteurs de palme ont depuis toujours recherché la bénédiction d’ONGs de protection de la nature en leur proposant de laisser quelques arbres ici et là en échange d’une attestation de bienfaiteur de la nature. Le plus simple est encore de créer une association de toute pièce, une technique bien au point en Colombie et ce dans tous les domaines (cf. article)

Quant à la fibre naturaliste de Daabon, quand on connait leurs agissements sur l’hacienda de las Pavas, on est vite fixé. Pour vous donner une idée du site vous pouvez utiliser Google Earth et cherchez Isla Papayal. Toute la région aurait mérité d’être placée au minimum en parc national vu l’importance des zones humides dont les canaux sont visités par diverses espèces prestigieuses et en danger : le caïman, le lamantin (des Caraïbes), le petit dauphin gris, la loutre, etc. et pour une fois on laissera les oiseaux de côté.

Or qu’ont fait Daabon et consorts dans cette région que l’on dirait créée pour le bonheur des naturalistes ? Aux grands maux les grands remèdes, pas question de s’en remettre aux humeurs du grand (fleuve) Magdalena et des ses coéquipiers. D’abord on ferme les canaux pour isoler la région, ensuite on évacue les eaux, par exemple en direction de ce village de pouilleux qui persiste à réclamer cette terre, puis on empoisonne la terre et les eaux pour être sûr que rien d’autre que les palmiers n’y survivra. Alors bien sûr dès que ça a senti le roussi, Daabon s’est officiellement retiré du projet sur la pointe des pieds (cf. article). Officiellement. Pourquoi ? Nous allons y revenir.

Ajoutons à cette panoplie la gestion de la marina de luxe de Santa Marta, la participation au projet d’hôtel 5* dans le parc national voisin de Tayrona (un joyau à divers titres – le parc, pas l’hôtel), sans oublier ce projet de téléférique pour monter à Ciudad Perdida qui finira bien par voir le jour pour ne parler que des affaires en cours (d’autres articles vantent les exploits antérieurs de Daabon). Pas de doute, Daabon et la nature ça ne fait qu’un !

Notre objectif : atteindre le niveau « zéro déchets et niveau zéro carbone » d’ici 2012 : Le changement climatique étant devenu le plus gros des challenges…

Rien n’échappe à Daabon. Un nouveau label à inscrire à sa collection ? Pas de problème, on s’en occupe. C’est beau comme du Gore ou du Sarkozy à l’ONU, prêcher le contraire de ce que l’on fait pour mieux se remplir les poches, la recette est vieille comme le monde mais elle marche toujours, alors pourquoi s’en priver ?

Les agriculteurs du Nord de la Colombie ont subi beaucoup de privations et ont du faire face à de grands défis pour créer des conditions de vie meilleures pour eux-mêmes et leurs familles. Beaucoup ont quitté la région pour échapper à certains conflits et sauver leurs familles.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Daabon en parle en fin connaisseur !

Etc, etc. Alors pourquoi Daabon déploie autant d’énergie pour passer pour un bienfaiteur de l’humanité et de la planète ? C’est que cette vitrine bio assortie d’un zeste d’équitable n’est que l’arbre qui dissimule la grosse forêt des agrocarburants, le tout sur fond de négociation du TLC avec l’Europe dans lequel leur grand ami Uribé avait, il faut le reconnaître, fait un travail de lobbying admirable auprès de l’industrie automobile. Nous y reviendrons dans un autre article car cette dernière farce d’Uribé dont nous n’avons eu vent que ces derniers temps vaut largement le détour (Nous avons toujours soutenu qu’il y avait anguille sous roche et que cette anguille-là se nomme agrocarburant, mais de récentes révélations sur les coulisses du TLC pourraient bien nous donner raison au-delà de ce que nous imaginions.)

Pour cela il est vital de vaincre les réticences des pays occidentaux et à ce jour ce qu’on a inventé de mieux c’est un label ! (label = j’achète sans poser de questions) En l’occurrence il s’agit de la certification RSPO, montée avec la complicité du WWF et la bénédiction d’Oxfam International (cf. article). Cela fait maintenant des années que nos compères préparent le terrain, suant à grosses gouttes dans les couloirs des instances européennes et maintenir une image d’hybride entre l’abbé Pierre et Al Gore fait partie intégrante de cette stratégie. Sans compter que la manipulation d’un marché de niche comme le bio est un excellent exercice en préambule d’une manipulation à plus grande échelle. C’est depuis longtemps le savoir-faire que vend Daabon à ses collègues de la RSPO : ayez confiance en nous (cf. article), nous avons une longue expérience dans ce domaine. Et objectivement, c’est vrai.

Passons sur Ecodis et son offre « écologique », désormais nous savons à quoi nous en tenir, ça a au moins le mérite d’être clair.

Publié par : avenuecolombie | 23 avril 2012

Chronique d’une mort annoncée

Pendant plus deux ans nous vous avons informé sur ce qui se cache derrière l’huile de palme bio et les certifications en tous genres. Nous vous avons montré le décalage qui existe entre d’une part les aspirations légitimes de nombreux citoyens du Nord à « consommer » autrement et la réalité sur le terrain pour les paysans concernés au Sud, d’autre part.

A travers ce problème particulier, nous avons aussi voulu vous montrer que nous, citoyens, ne sommes pas obligés de nous comporter comme de simples machines à consommer sans jamais rien remettre en cause de ce que l’on veut bien nous raconter et que nous avons aussi le pouvoir de contrer les profiteurs de tous poils, même déguisés en bienfaiteurs de l’Homme et de la Nature.

Il n’est pas question de tourner cette page et encore moins d’oublier ces paysans qui luttent pour leur terres et leur souveraineté alimentaire, mais il est temps d’ouvrir plusieurs nouveaux chapitres. Le monde est en crise, ce n’est pas un scoop, et pour continuer comme si de rien n’était, les pays nantis et les nouveaux dragons ont besoin de plus en plus d’énergie et de matières premières, les deux étant intimement liés. Sans compter l’eau qui est en passe de devenir une « marchandise » stratégique. Or, du Mexique à l’Argentine, comme cela s’est passé et se passe encore en Afrique, cette course pour ramasser les dernières miettes du gâteau, souvent sous couvert de « développement » des pays pillés, ne laisse derrière elle que désertification, déplacements massifs des populations, famines et finalement la mort.

cerrejon

mine du cerrejon (d'après http://www.swissinfo.ch)

http://www.youtube.com/watch?v=oz79FmTCtQQ&feature=related

Nous ouvrons ce nouvel chapitre avec la lettre d’une amie d’origine Wayuu (à l’attention du Président Santos) qui avec un groupe de braves se bat contre le Cerrejon, une multinationale qui exploite le charbon dans le département du Cesar et de la Guajira, au Nord de la Colombie. C’est une mine à ciel ouvert(1) qui produit 32 millions de tonnes par an, possède une voie ferrée de 150 km de long et un port maritime pouvant recevoir des bateaux jusqu’à 180 000 tonnes de capacité(2). Autant dire que les voisins ont eu le temps de faire le tour de toutes les nuisances engendrées par une mine aussi gigantesque. Comme si ce n’était pas suffisant, cette puissante entreprise veut étendre l’exploitation du charbon au-delà de l’unique rivière qui permet de maintenir un peu de vie dans cette région désertique. Pour accéder à ce gisement estimé à 500 millions de tonnes il faut juste détourner la rivière Rancheria, dans le département de la Guajira, sur 26 km…

Pour information, une mine à ciel ouvert ou open pit implique de déplacer de très importantes quantités de sol et de sous-sol pour ensuite extraire le minerai qui se trouve relativement proche de la surface. On fragmente la roche par dynamitage et le minerai est ensuite chargé sur d’énormes engins pour traitement(3).

Les indigènes Wayuu(4-5) de la moyenne et haute Guajira représentent l’ethnie la plus nombreuse de Colombie avec plus de 300000 membres qui habitent cette zone semi-désertique. Leur principale activité économique est le pâturage (essentiellement de chèvres) et pour cela la rivière Rancheria est fondamentale. La majeure partie du peuple Wayuu ne parle pas espagnol et régit sa vie selon ses propres traditions.

L’exploitation de cette mine à ciel ouvert a donc commencé il y a plus de 30 ans(6) quand le gouvernement colombien fit un appel d’offre pour l’exploitation de 32000 ha, en 1975. Aujourd’hui, elle est devenue la seconde mine à ciel ouvert la plus grande du monde, mais malgré les redevances dégagés, le département de la Guajira a le plus haut niveau de pauvreté de Colombie, selon la Banque Mondiale et le Département National des statistiques économiques(7).

Nous trouverez ci-dessous l’appel des Wayuu pour comprendre l’amplitude du problème. Mais auparavant nous vous suggérons quelques liens pour compléter le portrait social et écologique du Cerrejon, une entreprise hautement responsable avec moult programmes sociaux et environnementaux(8), en proportion de ses méfaits comme il est de bon ton pour une entreprise de ce genre.

Liens

Notes

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_de_charbon_de_Cerrej%C3%B3n
  2. http://www.cerrejon.com/site/nuestra-empresa.aspx
  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_%28gisement%29
  4. http://ramonmodus.tripod.com/id12.html
  5. http://es.wikipedia.org/wiki/Pueblo_way%C3%BAu
  6. http://www.cerrejon.com/site/nuestra-empresa/historia.aspx
  7. http://www.dnp.gov.co/
  8. http://www.cerrejon.com/site/desarrollo-sostenible-%E2%80%A2-responsabilidad-social-rse.aspx
Rio Rancheria

Rio Rancheria

Pancho, le 4 avril 2012

à JUAN MANUEL SANTOS, President de la Republique de Colombie, Bogotá

Monsieur le Président,

Je vous écris de Pancho, un village Wayuu avec des maisons de boue et des toit en tôle ondulée, qui se situe sur la rive droite de la rivière Rancheria, la seule rivière de toute la Haute et Moyenne Guajira.

Une dizaine de villages sont au tour de Pancho parce que les Wayuus vivent dispersés à travers le désert qui Dieu nous a donné. Les gens d’ici vivent de la pêche avec des filets artisanaux, même les enfants pêchent des mulets, de silures, des crevettes et c’est notre nourriture. Les femmes ramassent les cerises et autres fruits des bois et les vendent dans les rues de Rioacha. Un peu plus loin on trouve des olives, des prunes et bien d’autres fruits encore.

L’automme avec ses orages tonitruants nous avertit de l’arrivée de la saison des pluies pour que nous préparions les jardins pour les haricots, les pastèques, les courges, le maïs. La moisson est une joie indescriptible.

Quelques Wayuus ont des roses près de la rivière. Avec de gros efforts ils portent l’eau dans des seaux et arrosent plant par plant. Ce sont des indigènes ayant une vocation agricole et qui profitent de la bonne nourriture près de leur maison.

D’autres Wayuus prennent de la boue et avec l’eau de la rivière la pétrissent et forment des blocs qu’ils cuisent dans des fours. Ils fabriquent ainsi des briques pour la construction de maisons citadines.

Comme au bord de la rivière il y a une épaisse végétation, un groupe coupe le branches des arbres de trupillo (ils repoussent vite) et en font du charbon de bois. C’est une source de revenu parce que le charbon est vendu dans les restaurants des « arijuanas » (les « blancs »).

Du bosquet le long de la rivière nous prenons aussi du bois pour faire la cuisine. Nous n’avons pas de gaz à domicile, ni de cuisinières électriques. Quelques hommes vont sur les berges de la rivière Rancheria pour y chasser les crabes bleus.

La plupart de Wayuu élévent des chèvres. De nombreux troupeaux vont à la rivière pour y boire. D’autres ont de vaches et des chevaux. Ici, à Pancho, nous regardons passer des indigènes Chispanas et Buenavista. Jamais nous ne cesseront d’être enchantés de voir les troupeaux de chèvres des Wayuus de Haute Guajira aller paître. Quand l’été est au plus fort ils poussent leurs troupeaux pendant une dizaine de kilomètres et sont logés dans de petits huttes improvisées près de l’eau ; ils y restent jusqu’à la fin de la saisons sèche avant de s’en aller.

Rio Rancheria

Le Rancheria est la seule et unique rivière des Wayuus, le seul flux d’eau circulant dans ce territoire ancestral pour donner vie à nos vie. Nous allons nous baigner dans la rivière, c’est une distraction exaltante. Là-bas il y a les retrouvailles des jeunes, les amours, les liens d’amitié y sont fondés. Les mamans lavent le linge et les petits apprennent à nager. Pour le Wayuu il existe une grande diversité de jeux dans l’eau.

Avec la boue molle des rives, les petites filles fabriquent des jouets : poupées, tasse, soucoupes qu’elles font sécher au soleil. Les Wayuus n’ont pas de théatre, ni de cinéma, ni de grande roue comme à Chicago, ni de montagnes russes, ni de parcs interactifs. Nous avons seulement la rivière Rancheria, chargée de mythes, de légendes, d’histoires et d’enchantements.

Des milliers d’oiseaux chantent à l’aube de la Guajira. C’est la plus belle musique du monde. Les oiseaux vont à la rivière pour rassasier leur soif, de même que des ânes, des cochons, des singes, des renards et tous les animaux qui nous accompagnent sur ce voyage à travers la vie.

La rivière Rancheria ne s’assèche jamais. Lorsque l’été s’intensifie le débit des eaux baissent. La mer pénètre dans le courant en apportant des poissons de l’océan pour nous nourrir. Puis nous allons un kilomètre plus haut et nous y retrouvons de l’eau douce.

Dans le livre du Cerrejon intitulé « résumé du projet d’expansion pour le groupes d’intérêts », à la page 60, il est dit que le changement climatique (CCG) nous affectera : « le climat de la Guajira pourrait devenir plus chaud et sec, avec un diminution des précipitations de 5-10%. Les glaciers de la Sierra Nevada de Santa Marta pourraient disparaître vers 2050, ce qui aurait un incidence sur la disponibilité d’eau dans la région ».

Comment sera la vie des Wayuus sans la rivière Rancheria ? A Pancho sont arrivé le 28 mars 2012 des fonctionnaires du Cerrejon pour informer la communauté du projet de deviation de la rivière Rancheria de 26 km au niveau de la mine de charbon. Ils ont averti que la rivière va s’assécher en été. Mais nous passons déjà presque toute l’année en été, comment allons-nous supporter cela ?

Ils ont ajouté qu’ils vont peut-être construire un barrage sur la rivière Palomino (Barrancas) pour nous fournir de l’eau en été. Mais dans leur livre, à la page 48, il est écrit que cette source d’eau disparait pendant la saison sèche. Comment pourrons-nous nous approvisionner à un ruisseau desséché ? En plus ils ont dit que les 500 millions de tonnes de charbon qui sont sous la rivière pourrons générer des redevances. Mais en 30 ans d’exploitation de ce minérai ces redevances n’ont jamais servi à la Guajira.

Il n’y a toujours aucune population du département bénéficiant d’un aqueduc efficace. A Rioacha, la capitale, l’eau arrive au quartier Centre trois fois par semaine, sans atteindre les douches et dans les zones périphériques, le liquide est recueilli un seul jour de la semaine. Les hôpitaux sont en grève parce que les salaires ne sont pas payés depuis des mois et le retard technologique est écrasant. L’éducation occupe le dernier rang dans le pays. Selon la Banque de la République 50% des enfants Wayuu souffrent de malnutrition.

Cette année le DNP, le Dane, la Banque Mondial, la Cepal ont indiqué que le département de la Guajira détient le plus haut niveau de pauvreté et d’indigence, 64%. On voit bien que les redevances n’ont pas amélioré ce qu’il y a de plus fondamental.

Pourquoi échanger notre seule rivière contre des redevances ? A la fin de la réunion ils ont conclu que ce sera un grand ouvrage de génie civil et que rien ne changerait par ici. A cela un jeune fille de la communauté a demandé «si tout va rester pareil, alors pourquoi voulez-vous nous indemniser ?

Notre vie dans la péninsule de la Guajira tourne autour de la rivière, elle est la grâce et la vie d’ici.

S’il vous plaît, ne permettez pas qu’une entreprise étrangère comme Cerrejon détruise l’acquifère vital pour la Rancheria et qu’ils assèchent l’unique source d’eau dont nous disposons.

Si vous donnez la permission de la déplacer et que nous commençons à subir des préjudices, nous ne pourrons pas revenir en arrière et les dégâts seront irréversibles.

S’il vous plaît, aidez les Wayuus.

VICENTA SIOSI PINO

Wayuu du clan Apshana

Publié par : avenuecolombie | 15 février 2012

Terra Libra, un distributeur engagé

Basé à Rennes, Terra Libra est une plate-forme de distribution en épicerie et boissons issues aussi bien du commerce équitable comme le café Mut Vitz (Mexique) ou la cachaça Camponeses (Brésil), deux produits importés directement, que du bio local issu de petites entreprises. L’objectif est de proposer des produits à forte valeur sociale et environnementale en direction principalement du Grand Ouest.

Comme d’autres grossistes, Terra Libra fait appel à un « super-grossiste » pour compléter sa gamme et ainsi mieux répondre aux besoins de sa clientèle ; en l’occurrence le super-grossiste est Rapunzel. Or Rapunzel fait partie de ces grands producteurs qui utilisaient et persistent contre vents et marées à utiliser l’huile de palme bio issue de Colombie (biscuits, pâtes à tartiner, aides culinaires, etc.).

Suite à nos échanges, Terra Libra a demandé des explications à Rapunzel qui a sorti les mêmes arguments que Biocoop et d’autres qui ont du mal à faire leur deuil de l’huile de palme (pour mémoire Rapunzel avait aussi envoyé un émissaire sur place, pour la forme et pas vraiment téméraire d’ailleurs). Pas convaincus, Terra Libra a décidé de bannir l’huile de palme de son offre. Avant d’en savoir plus, faisons connaissance avec Terra Libra.

terra libra

Pouvez-vous nous raconter votre histoire ?
Terra Libra a été créée en 2005 pour vendre le café des zapatistes du Chiapas (Mexique) afin de faire connaître leur lutte. C’est une initiative de militants du commerce équitable, réunis dans l’association EperanZA. Dès le départ nous sommes partis sur l’idée de promouvoir la relocalisation de l’économie et d’appuyer les coopératives de commerce équitable qui émanent vraiment des mouvements sociaux au Sud.

Comment se fait-il que vous n’ayez pas opté pour un statut de l’ESS ?
Dans une SCOP la majorité du capital doit être détenu par les salariés ce qui n’était pas possible pour nous, et les militants d’EsperanZA n’avaient pas vocation à devenir salariés. Nous avons donc choisi d’être une SARL mais avec un management coopératif. Et encore aujourd’hui, la plupart des membres d’EspenZA sont associés dans le capital de l’entreprise et sont associés aux décisions concernant les orientations de Terra Libra. (on trouvera sur la page « Notre histoire » un lien vers les statuts et les comptes 2011). Progressivement nous avons sollicité les acteurs de la finance solidaire comme Garrigue, la Nef, le Crédit Coopératif et 3 Cigales de Rennes.

Vous avez vos propres filières que vous connaissez bien depuis maintenant des années. Pour les filières de vos partenaires, nous savons que vous poussez la curiosité jusqu’à visiter les fournisseurs de vos partenaires non pas pour « vérifier » mais vraiment pour voir de vos yeux de quoi il retourne. Est-ce une démarche systématique ou limitée par votre disponibilité et est-ce que les membres de EsperanZA vous assistent dans cette tâche ?
C’est une démarche qui nous paraît aller de soi lorsqu’on promeut une économie équitable. Nous travaillons avec d’autres structures importatrices du réseau Minga, comme Saldac ou Andines, pour lesquelles nous sommes distributeurs sur le Grand Ouest. Ce n’est pas parce que nous sommes « seulement » distributeurs que nous n’avons pas le devoir d’observer, de comprendre, pour pouvoir diffuser les idées qui sous-tendent l’approche de filière que nous promouvons avec nos partenaires.
Cette curiosité, nous la menons de manière bénévole et sur nos deniers personnels, car Terra Libra n’a pas encore les moyens de financer ce genre de voyage d’étude…
Un membre d’EsperanZA était ainsi parti au début de l’aventure Terra Libra rencontrer les membres de la COPAVI, la coopérative du Mouvement des Sans Terre avec laquelle nous travaillons. Son aide et ses observations nous avaient été précieuses.

Quand vous faites appel à un grand fournisseur aussi hétéroclite que Rapunzel, avec des produits transformés complexes dont les ingrédients peuvent avoir des provenance très variées, comment abordez-vous le problème de la confiance ?
Rapunzel a été – et reste – pour nous une solution à un moment où nous ne trouvions pas d’alternative pour avoir un catalogue complet à proposer aux clients. Dès le départ, nous les avons abordé sur la dimension équitable, en étudiant précisément leur marque « Main dans la Main », un genre de certification équitable maison.
De manière générale, nous n’avons pas eu toute l’information souhaitée sur cette marque « Main dans la Main », qui est un peu un « Max Havelaar + ». Mais nous avons pris la position de se dire que c’était mieux que rien.
En fait, avec un fournisseur comme Rapunzel, nous avions d’autant plus l’exigence d’expliquer que notre catalogue n’était pas uniforme sous le prétexte qu’il soit « équitable ». Qu’un label ne remplacera jamais l’information que le citoyen – consommateur doit exiger sur chaque filière économique. Et chez nous, la différence est grande entre le chocolat de chez Saldac, le café des communautés zapatistes, et la pâte à tartiner de chez Rapunzel. C’est un discours que nous avons toujours eu.

Tout le monde a le droit de se tromper, Rapunzel comme d’autres grands transformateurs bio ou/et équitable, mais comment interprétez-vous cette obstination à défendre cette huile de palme malgré toutes les évidences fournies à propos de la nature de son producteur ?
Ils sont malheureusement rentrés dans le monde du bio-business, avec des considérations commerciales, de parts de marché, qui les empêchent de faire marche arrière.
Mais comme chez nous, je crois que tous leurs produits ne se valent pas, et il leur reste des produits venant de filières économiques plus intéressantes.

Comment avez-vous annoncé votre décision de retirer les produits contenant de l’huile de palme bio à vos clients et quelle a été leur réaction ?
Nous l’avons annoncé en novembre dernier, au moment de refaire notre catalogue, avec une fiche détaillée des agissements de la société Daabon et du commerce de l’huile de palme de Colombie ; des informations fournies en très grande partie par nos amis d’Avenue Colombie.
La réaction a été plutôt très bonne : si certains étaient déçus de ne plus avoir certains produits, ils ont vite compris qu’il y avait des choses plus importantes dans la vie…
Même, et c’est plutôt encourageant pour la suite, certains commerçants nous avouaient, gênés, qu’ils avaient encore des produits à l’huile de palme.

Avez-vous l’impression que vos clients ont assimilé la « leçon » et seront plus critiques dans leurs choix futurs ou au contraire est-ce qu’ils ne vont pas se reposer encore plus sur la confiance qu’ils ont en vous ou d’autres fournisseurs ? C’est l’éternel problème du détaillant qui n’a pas le temps de réfléchir et du client qui dit la même chose.
Evidemment, on ne change pas les mentalités en un coup de baguette magique, et économiquement, l’huile de palme est un faiseur de prix abordables… Pour des commerçants qui galèrent à se tirer un revenu, c’est parfois très compliqué d’évacuer des produits qui leur permettent de vivre, même si ils sont conscients de leur nocivité sociale.
Nous avons toujours été clairs vis-à-vis de nos clients: il y a des filières que nous soutenons plus que d’autres, à chacun de se faire son propre avis. Nous croyons beaucoup en la responsabilité et en l’analyse de chaque acteur. Après, certains se voilent la face et se disent que comme ils sont dans le bio, « c’est déjà pas mal »….

Conscient que le label bio n’intègre pas les facteurs sociaux, Ecocert agite son super label ESR comme la réponse à ce genre de situation, est-ce que ça vous paraît la panacée ?
Le monde de la certification est devenu un business dangereux et totalement hypocrite. A la place de règlementations sur le droit du travail, on multiplie les « labels » sociaux et environnementaux.
Et ça ne répond pas à des questions cruciales : qui décide de ce qu’est l’équité? N’y a-t-il pas des différences culturelles dans la définition de ce qu’est l’équité?

Et quid d’un système d’examen participatif comme celui de Minga ?
Cela nous paraît être l’approche la plus juste : au lieu de garantir, il s’agit d’évaluer une filière économique. Au lieu de diviser le monde en gentils et méchants, cela permet d’avoir une approche plus juste, en discernant ce qu’il y a d’équitable dans une filière, et, éventuellement, ce qui est à améliorer. Chose impossible à faire avec un label, où c’est tout noir ou tout blanc.

Comment voyez-vous l’avenir de la distribution de produits comme ceux que vous proposez face à la concurrence des grosses centrales d’achat ? Quels changements à l’oeuvre percevez-vous ?
Je crois que la prochaine grosse rupture aura lieu au sein de l’agriculture biologique, entre l’agriculture paysanne et le bio-business. C’est une rupture qui nous paraît inévitable et indispensable. Je crois que dans la recherche de « local » qui est à l’oeuvre aujourd’hui, c’est cette notion de proximité et de taille humaine qui est recherchée.
Le défi sera alors que les parties prenantes de l’agriculture paysanne ne s’offrent pas aux tentations de la certification.

En conclusion, qu’est-ce que toute cette histoire vous aura appris ?
Il faut toujours être vigilant, et être à l’écoute de tous les observateurs. Nous n’aimerions pas avoir un jour les mêmes réactions de mépris que certains. Il faut toujours être prêt à remettre en question ses pratiques, c’est la meilleure façon de rechercher l’équité.
Et, encore et toujours, bien préciser à nos interlocuteurs que toute notre gamme ne se vaut pas en matière d’équité, de promotion du travail artisanal ou de l’agriculture paysanne.

Older Posts »

Catégories

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 27 autres abonnés